Depuis une dizaine d’années, les habitacles automobiles se sont transformés en salles de contrôle digne d’une entreprise de vidéosurveillance. Les écrans se retrouvent partout : face au conducteur, à côté de lui (au centre), mais aussi désormais face au passage quand ce n’est pas non plus face aux passagers arrière.
Cette prolifération est le résultat de plusieurs paramètres. Il y a d’abord le fait qu’utiliser des écrans répond à une logique économique. Remplacer des commandes physiques par des combinés écrans-logiciels réduit les coûts et simplifie la production. Ensuite, il faut aussi compter avec l’influence du premier marché automobile mondial, la Chine, où les clients plébiscitent des cockpits inspirés des smartphones, connectés et pilotables vocalement. Cette préférence asiatique a largement façonné les choix des constructeurs européens. Certes adapter les intérieurs selon les régions serait idéal, mais c’est évidemment trop coûteux. L’uniformisation est donc globale et l’Europe n’y coupe pas.
Pourtant, de nombreux clients occidentaux (européens et américains notamment) fustigent de plus en plus cette tendance du tout écran. C’est ce que révélait l’étude Initial Quality 2025 de J.D. Power menée auprès de près de 92.000 automobilistes aux États-Unis. L’analyse identifie les systèmes d’infodivertissement comme la première source d’insatisfaction dans les trois mois suivant l’achat d’un véhicule neuf. Jugés esthétiques, trop complexes, trop envahissants et parfois même dangereux, les écrans tactiles obligent de multiplier les manipulations au détriment de la sécurité et de l’ergonomie. On observe donc un regain d’intérêt pour les commandes physiques, au moins pour les fonctions essentielles. Et c’est ce qui a poussé récemment Volkswagen à revenir a plus de boutons physiques pour ses habitacles, notamment pour le volant – au lieu des haptiques ou à effleurement.
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Chez Audi aussi
La situation et ses dérives commencent en tout cas à percoler dans les bureaux de développement des constructeurs. Et c’est le cas à Ingolstadt chez Audi. Les derniers modèles ont multiplié les écrans, jusqu’à proposer un affichage dédié au passager avant, comme sur la nouvelle A6. Au point d’ailleurs de déclencher une réflexion en interne. Le nouveau designer s’est positionné clairement en défaveur des écrans : Massimo Frascella estime que cette inflation numérique nuit carrément à l’expérience premium.
Dans un entretien accordé à nos confrères de Top Gear, le designer italien ne tourne pas autour du pot : « les grands écrans n’offrent pas la meilleure expérience. C’est de la technologie pour la technologie », a-t-il affirmé. L’homme défend une approche plus équilibrée où la technologie reste au service de l’usage et du confort, sans devenir envahissante ni ostentatoire.
Le Concept C pour essayer
Présenté comme un laboratoire roulant, le Concept C illustre cette vision de réduire le nombre et la taille (et sans doute aussi le rôle) des écrans. L’écran central, limité à 10,4 pouces, peut disparaître dans la planche de bord et cela rappelle d’ailleurs des solutions déjà vues chez Audi il y a une quinzaine d’années. L’accent est mis sur les matériaux, la précision d’assemblage et le plaisir tactile. En particulier, Massimo Frascella insiste même sur ce qu’il appelle encore le « clic Audi » à l’époque où les boutons offraient encore une sensation mécanique.
Mais cette vision ne plaît pas à tout le monde. En effet, le designer de Mercedes, Gorden Wagener, juge cette approche presque grotesque. Il a notamment déclaré que « l'intérieur [de l'Audi Concept C] semble avoir été conçu en 1995. Il est un peu trop connu et manque cruellement de technologie. » Après, il faut aussi signaler que Wagener va quitter Mercedes et que la raison n’est connue. Selon certaines sources, son approche pour Mercedes serait trop bling-bling, un sentiment qui passe aussi par le nombre d’écrans.
Audi n’a pas répondu publiquement aux attaques de Gorden Wagener, préférant regarder vers l’avenir. Le Concept C, attendu en production en 2027 sous la forme d’un coupé sportif électrique et il marquera la première concrétisation de la vision stylistique de Massimo Frascella. Mais en attendant, les prochains Q7 et le futur Q9 resteront plus proches des standards actuels, le temps que cette nouvelle approche infuse réellement la gamme. Et qu’elle soit aussi validée par la clientèle...
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