C’est un reportage de Reuters qui pose question en même temps qu’il fait froid dans le dos. Selon l’agence de presse, une poignée d’hommes employés par le ministère chinois du Commerce décideraient de l’avenir de l’industrie automobile mondiale. Pourquoi ? Parce que ce serait cette équipe qui examine les permis d’exportation des fameuses terres rares, ces minerais (qui ne sont pas rares, mais juste difficiles à extraire) qui servent notamment pour les aimants des moteurs des voitures électriques, mais aussi pour les avions de combat (type F-35) ou les éoliennes.
Comme nous l’expliquions récemment, la Chine détient un quasi-monopole sur ces terres rares (70% de l’extraction, 85% du raffinage et 90% de la production d’alliages et aimants). Et pour protéger ses intérêts face aux menaces américaines, Pékin a décidé en avril dernier de restreinte nettement l’accès à ces matières premières qui sont pourtant essentielles pour bon nombre d’industriels. Désormais, les exportateurs doivent pouvoir montrer patte blanche et produire une licence. Naturellement, ces licences s’obtiennent auprès de la petite équipe d’employés chinois.
Goulot d’étranglement
Depuis la mise en place de restrictions, Pékin a bien entendu délivré des dizaines de permis d’exportation. Mais pour les spécialistes, seule une fraction des demandes a en réalité été honorée, bien loin de ce qui est donc nécessaire à l’industrie. Pékin annonce que l’équipe de délivrance des permis a doublé (de 30 à 60 personnes), mais on voit bien que ça coince. Et ce n’est pas innocent.
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Mais pourquoi une telle posture ? Tout simplement parce que la Chine veut aussi montrer sa puissance au reste du monde. Or, pour l’heure, Donald Trump est en position de force face à l’empire du Milieu. Depuis la reprise du conflit commercial en avril 2025, les États-Unis ont imposé une série de mesures tarifaires agressives qui ont contribué à fragiliser davantage l’économie chinoise déjà affaiblie par une croissance en berne, une crise immobilière persistante et un chômage élevé chez les jeunes. Les exportations chinoises vers les États-Unis ont chuté brutalement (-35% sur un an en mai) qui révèle la dépendance du pays à son commerce extérieur. Alors que la Chine peine à stimuler sa consommation intérieure, l’économie américaine affiche une résilience inattendue et déjoue les prévisions pessimistes. Les négociateurs américains ont désormais des objectifs clairs pour la suite : l’accès aux terres rares chinoises. Et sur le papier, ça semble réussi : ils sont parvenus à obtenir un quota de terres rares en échanges de droits de douane de 55% sur les produits chinois (30% de plus que précédemment). C’est vrai qu’on revient de loin, mais on s’interroge toutefois sur le caractère acceptable pour la Chine à moyen terme. En outre, Trump reste assez imprévisible...
Le mal est fait
On peut s’attendre à ce que la Chine ne plie pas sur cette question des terres rares. Il faudrait des années aux autres pays pour développer une chaîne de valeur autour de ces minerais. Et personne n’en le temps ni les moyens, car jusqu’ici les innovations de pièces sans terres rares ou les initiatives de recyclage sont insuffisantes.
Et évidemment, les constructeurs automobiles sont en pleine ligne de mire en raison de la transition vers la voiture électrique. Les marques comme les équipementiers sont nombreux à tirer la sonnette d’alarme, indiquant qu’il n’y a pas que la fabrication de moteurs électriques qui est concernée, mais aussi des composants plus basiques tels que les moteurs d’essuie-glace ou des rétroviseurs. L’heure est donc à la panique.
En Allemagne, Magnosphere, un gros fabricant d’aimants tente par tous les moyens de se procurer des terres rares. Et l’entreprise est prête à mettre le prix, quitte à faire payer les clients. Mais rien n’y fait. BMW, GM ou Mercedes-Benz cherchent aussi des alternatives pour constituer des stocks d’urgence, mais jusqu’ici sans succès. La situation est telle que le spectre d’une production au ralenti, voire paralysée, se précise de plus en plus, démontrant effectivement la dépendance à la Chine. Pékin ne semble d’ailleurs pas pressé de modifier les choses. Plus que jamais, la Chine tire un coup de semonce stratégique. Et il fait mal. Mais jusqu’où ? Pour l’industrie automobile, c’est une crise supplémentaire, la troisième en cinq ans.
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