Les mois passent et c’est, semble-t-il, toujours le même constat qui prime : comment les Chinois font-ils pour construire leurs voitures électriques ? Ce questionnement, le patron de Ford, Jim Farley, l’a récemment eu et c’est pour cette raison qu’il a acquis une BYD et qu’il l’a fait démonter par ses équipes. Ce type de comportement est monnaie courante chez les constructeurs (les Chinois l’ont fait avec « nos » modèles aussi) afin de prendre connaissance des détails techniques, de la manière d’implanter les organes et de les disséquer pour en comprendre la technologie (souvent protégée par des brevets, évidemment).
Sauf que Jim Farley ne s’attendait manifestement pas au résultat qu’il a pu découvrir. « Ce qui me tient éveillé la nuit, c’est la vitesse à laquelle les Chinois innovent », déclare-t-il sans détour au site Hibridos y Electricos. On connaissait déjà la rapidité d’évolution des constructeurs chinois, leur modèle industriel qui permet de produire plus et plus vite ou encore leur maîtrise de la chaîne de valeurs de la voiture électrique. Mais il y a donc un nouveau paramètre à prendre en compte : celui de la capacité et de la rapidité d’innovation.
Efficience inconnue
Ce démontage minutieux a révélé une efficience industrielle redoutable. Jim Farley ne désigne pas le modèle examiné, mais les conclusions sont sans équivoque : là où l’industrie européenne met en moyenne plus de cinq ans pour développer un nouveau véhicule, les constructeurs chinois n’en demandent que 1,6 an. Cette réactivité, combinée à une maîtrise des coûts sans équivalent, bouleverse l’équilibre concurrentiel.
Publicité – continuez à lire ci-dessous
Le cœur de la réussite de BYD réside dans son intégration verticale. Contrairement aux géants occidentaux, qui s’appuient sur un vaste réseau de sous-traitants, le constructeur chinois conçoit et fabrique ses propres batteries et notamment les types LFP (lithium-fer-phosphate), moins onéreux que les traditionnelles cellules NMC. Cette indépendance stratégique permet à BYD de s’affranchir des tensions sur les chaînes d’approvisionnement, tout en réduisant ses coûts de manière drastique.
Jim Farley admet que les systèmes de propulsion de BYD ne sont peut-être pas les plus performants du marché, mais il reconnaît une efficacité globale qui compense largement cette faiblesse. À ses yeux, la capacité du groupe chinois à contrôler l’ensemble du processus industriel constitue un avantage décisif. Ce qui empêche surtout Jim Farley de dormir c’est de savoir comment il pourrait transposer ce modèle industriel chez Ford.
Vers une révolution chez Ford ?
Conscient du retard accumulé, Jim Farley évoque une transformation industrielle majeure. « Nous avons besoin d’usines plus petites, de moins de main-d’œuvre et d’une complexité réduite », affirme-t-il. La bombe est lâchée : ce virage stratégique pourrait s’accompagner de choix difficiles, notamment en matière d’emploi. Ford souhaite également concentrer ses efforts sur des modèles plus compacts, moins coûteux à produire. Une citadine électrique – peut-être une renaissance de la Fiesta ? – serait déjà dans les cartons.
Aujourd’hui, Ford ne se demande plus si sa technologie est compétitive, mais si elle peut être produite à grande échelle aussi efficacement que celle des Chinois. Un défi colossal pour un constructeur centenaire. Mais comment Ford (et d’autres constructeurs) fera-t-il, car la marque n’est pas au mieux de sa forme financièrement tandis que Donald Trump a coupé les subventions aux constructeurs (dans le cadre de l’IRA), celles qui visaient justement à les soutenir dans leurs besoins de transformation industrielle pour la voiture électrique. Dans ce contexte, comment lutter, surtout vu les aides que Pékin continue d’octroyer à ses près de 150 constructeurs nationaux ? Et, naturellement, la question se pose aussi en Europe, n’est-ce pas Madame von der Leyen ?
À la recherche d'une voiture ? Cherchez, trouvez et achetez le meilleur modèle sur Gocar.be