Cela ne saute pas aux yeux, mais le Polestar 3 et le Volvo EX90 partagent le même châssis, le même groupe motopropulseur et même la même ligne d’assemblage, située à Charleston, en Caroline du Sud ! Sur papier, difficile de rêver meilleur point d’appui pour conquérir le marché américain ! C’était sans compter sur la Connected Vehicle Rule qui est venue changer la donne. Cette loi interdit la vente de véhicules connectés dont les logiciels (bluetooth, wifi, navigation…) pourraient représenter un risque pour la sécurité nationale. Autrement dit : un logiciel conçu et potentiellement contrôlable par des puissances avec lesquelles les États-Unis ne sont pas vraiment en bons termes, comme la Chine ou la Russie.
L’ADN de l’entreprise
Le logiciel chinois embarqué dans le Polestar 3 entre dans cette catégorie. Résultat : à partir de 2027, la marque ne pourra plus vendre ses voitures aux États-Unis, même si elles y sont assemblées ! C’est déjà étonnant en soi, mais cela devient encore plus surprenant quand on sait que l’EX90 qui repose sur les mêmes bases techniques, n’est pas concerné. En mai dernier, l’Office of Information and Communications Technology and Services (ICTS) a en effet accordé à Volvo une exemption spécifique ! Comment expliquer cette différence de traitement ?
L’autorisation ne dépend visiblement pas uniquement des composants utilisés : l’ADN de l’entreprise joue aussi un rôle important ! Sa structure, son histoire et son ancrage comptent lourd dans la balance. Volvo est un constructeur établi, présent depuis des décennies sur le marché américain, doté d’un vaste réseau de concessionnaires et coté en Bourse, ce qui inscrit solidement la marque dans le paysage économique occidental. Volvo explique que cette autorisation est intervenue après des « discussions constructives avec les responsables américains au sujet de la gouvernance, de la technologie et de la sécurité des données de Volvo Cars ». En clair, Volvo a plus ou moins garanti que les données relevaient de Göteborg et non de Pékin. Il faut aussi rappeler que, si Volvo a bien reçu le logiciel de Geely, sa programmation et son développement ont été réalisés en Suède !
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Polestar, de son côté, est perçue comme une start-up plutôt que comme un acteur historique. La marque est plus jeune, plus petite et beaucoup plus imbriquée dans l’écosystème technologique connecté de Geely… Peu importe donc que son siège se trouve également à Göteborg et que l’entreprise soit cotée au Nasdaq ! Aux yeux de Washington, les logiciels connectés de Polestar suscitent davantage d’inquiétudes que l’univers de données, relativement autonome, de Volvo. Volvo peut rester parce qu’elle est ancienne et inspire confiance ; Polestar doit partir parce qu’elle est jugée trop profondément liée au vivier chinois de sa maison mère.
Des ventes à la peine
La question est aussi de savoir dans quelle mesure le patron de Polestar, Michael Lohscheller, s’est réellement battu pour maintenir les ventes américaines à flot ! Lorsque la loi a été annoncée, il affirmait encore, avec une certaine combativité, que l’entreprise chercherait des fournisseurs locaux afin de dissiper l’idée d’une dépendance chinoise... Cela aurait également été nécessaire du côté du hardware, car à partir de 2030, des composants physiques d’origine chinoise seront également interdits ! Visiblement, le calcul coûts-bénéfices n’a pas plaidé en faveur d’une telle stratégie. Rien d’illogique là-dedans, puisque les marques gagnent en efficacité et préservent leurs marges en partageant un maximum d’éléments !
Si l’on se penche sur les chiffres de vente, on comprend aussi pourquoi Michael Lohscheller ne s’est pas accroché à tout prix au marché américain ! Pour Volvo, les États-Unis représentent le deuxième plus grand marché : il s’agit donc d’un enjeu capital ! Pour Polestar, les clients américains ne représentaient que 6% des immatriculations mondiales... Un résultat peu flatteur, surtout pour une marque qui a autrefois compté Leonardo di Caprio parmi ses premiers investisseurs !
Des concessionnaires lésés
L’affaire est particulièrement rude pour les 32 concessionnaires Polestar aux États-Unis. Ils peuvent encore écouler leur stock (seuls les modèles 3 et 4 sont vendus de l’autre côté de l’Atlantique) mais devront, après 2027, se replier sur le service et l’entretien. Beaucoup se sentent abandonnés, d’autant que Polestar affirmait jusqu’ici faire tout le nécessaire pour maintenir sa présence en Amérique.
La fermeture du marché américain constitue une nouvelle étape dans le scénario de repli de Polestar... En effet, la marque s’était déjà retirée de Chine, un marché ultra-concurrentiel où les efforts à fournir étaient trop importants pour un retour trop faible. Déficitaire, Polestar survit grâce aux injections de capital de Geely et se recentre désormais entièrement sur l’Europe, en misant beaucoup sur le nouveau 7. Ce SUV compact sera présenté l’an prochain et sera construit par Volvo en Slovaquie. Mais l’Europe n’est plus un marché en croissance, tandis que le segment premium reste dominé par les marques allemandes. Reste aussi à savoir si l’Europe ne suivra pas, tôt ou tard, l’exemple américain en encadrant à son tour les technologies connectées chinoises.
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