Le coup est spectaculaire : Gerry McGovern, directeur du design de Jaguar Land Rover (JLR) et créateur inspiré derrière certaines des plus grandes réussites du groupe, vient d’être remercié sans ménagement. Selon plusieurs sources concordantes, le designer aurait même été accompagné hors du siège du constructeur, signe d’une rupture franche décidée par le nouveau patron, PB Balaji.
Arrivé à la tête de JLR mi-novembre, l’ancien directeur financier de Tata Motors imprime déjà son autorité. Son ascension intervient quelques semaines avant l’un des tournants les plus décisifs de l’histoire de Jaguar : sa renaissance comme marque électrique ultra-premium. Le limogeage de McGovern qui incarnait en grande partie ce renouveau soulève une question essentielle : Jaguar s’apprête-t-elle à réviser sa stratégie ?
La fin prématurée du nouveau Jaguar ?
À 69 ans, Gerry McGovern n’était pas un cadre parmi d’autres. Entré chez Land Rover au milieu des années 2000, il a transformé l’identité du constructeur en ouvrant la voie à des modèles aussi marquants que le Range Evoque ou le Velar. Sa réinterprétation du Defender a redéfini le 4x4 iconique et ça a été un carton, car il a attiré une clientèle plus fortunée et donc renforcé le positionnement de la marque dans le segment premium.
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Promu responsable du design de Jaguar et Land Rover en 2020, il portait depuis lors une ambition bien plus grande : réinventer Jaguar. Son projet-phare, la Type 00, devait marquer la relance de la marque autour de trois modèles électriques dont le premier – une grande berline GT à près de 130.000 dollars – est attendu l’an prochain. McGovern promettait une rupture totale et défendait des créations « distinctes de tout ce qui existe ». C’est de cette manière qu’il entendait renouer avec les racines de Jaguar. Son départ signifie qu’il ne verra donc pas aboutir ce chantier qu’il avait patiemment façonné.
Une stratégie contestée
La mutation de Jaguar vers l’électrique haut de gamme n’a jamais fait l’unanimité. La campagne de communication lancée l’an dernier avait suscité un tollé : l’abandon du célèbre jaguar bondissant et l’imagerie jugée trop avant-gardiste avaient alimenté les critiques, jusqu’à relancer le débat identitaire autour de la marque. Même Donald Trump s’en était mêlé, dénonçant une campagne « woke ».
En interne, McGovern détenait pourtant une influence considérable, car il supervisait la direction artistique de l’ensemble des marques du groupe : Range Rover, Land Rover et Jaguar. Sa vision imprégnait profondément la future identité du constructeur. Mais aujourd’hui, sa brutale éviction fragilise donc non seulement Jaguar, mais aussi la continuité stylistique de toutes les marques de JLR.
Faut-il aussi s’attendre aujourd’hui à un rétropédalage ? C’est toute la question. Car abandonner la stratégie électrique ou déjà la remodeler en profondeur aurait évidemment un coût colossal. Après avoir déjà supprimé toute la gamme actuelle, Jaguar ne peut pas se permettre de prolonger la période d’incertitude déjà trop longue. JLR sort en outre à peine d’une cyberattaque de grande ampleur qui a paralysé la production plusieurs semaines, grevant ses finances.
Une volte-face ?
L’arrivée de PB Balaji laisse entrevoir une reprise en main assez directe du groupe par Tata Motors. Le nouveau patron, réputé pour son pragmatisme financier, pourrait vouloir rationaliser les projets jugés trop risqués ou trop coûteux. Et à ce titre, il est clair de la Type 00 figure en bonne position sur la liste des paris risqués... Mais d’un autre côté, revenir à une philosophie plus classique impliquerait de revoir la gamme, la plate-forme, la communication… Bref, rien d’autre que l’entièreté du plan de transformation de la marque de Coventry, et ce alors que le premier modèle du renouveau est presque finalisé. Un tel revirement ressemblerait à un aveu d’échec accompagné d’une facture qui se chiffrerait en centaines de millions.
Jaguar a-t-elle les moyens d’un tel saut arrière ? Rien n’est moins sûr. À court terme, le départ de McGovern crée surtout une zone de turbulences. À moyen terme, c’est toute l’identité future de la marque qui se retrouve en suspens. PB Balaji se retrouve donc face à un dilemme : préserver une stratégie controversée, mais déjà structurée ou relancer un processus complexe dont le coût pourrait mettre en péril une relance très attendue. Jamais Jaguar n’avait semblé autant à la croisée des chemins. Ce sera quitte ou double.
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