En raison des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, les prix à la pompe ont nettement augmenté ces quinze derniers jours en Belgique. Le Diesel a bondi de 14,4 centimes en une seule fois, une variation qualifiée d’ « exceptionnelle » par la Fédération belge des négociants en combustibles (Brafco). L’essence Euro 95 va évidemment suivre la même trajectoire haussière, même si l’ampleur est pour l’instant plus contenue (+ 2 eurocents environ).
Cette instabilité internationale va-t-elle s’installer dans la durée ? À ce stade, nul ne peut l’affirmer. Les professionnels du secteur rappellent toutefois que les flambées observées par le passé ont souvent été temporaires, même lorsqu’elles semblaient spectaculaires.
Des hausses encadrées
En Belgique, les prix des carburants ne sont pas totalement libres. Ils sont déterminés par un mécanisme de prix maximum basé sur une formule intégrant les cotations internationales. Lorsque le marché s’emballe brutalement, un correctif – le fameux « facteur K » – entre en jeu.
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Concrètement, si les prix internationaux dépassent de plus de 20% la moyenne des vingt jours précédents, ce facteur limite artificiellement la base de calcul du prix maximum. Sans ce mécanisme, la récente hausse du Diesel aurait dépassé 20 centimes et le seuil des deux euros le litre aurait été franchi.
Cette particularité belge – et qui est partagée uniquement avec le Luxembourg au sein de l’Union européenne – a toutefois un effet collatéral : certains pompistes se retrouvent contraints d’acheter leur carburant plus cher que le prix maximum autorisé à la revente. C’est ce qui explique que, paradoxalement, certains vendent à perte (ce qui est interdit) ou ferment temporairement leur station, comme en mars 2022 au début de la guerre en Ukraine.
Pas de scénario ukrainien
À l’heure actuelle, la comparaison avec la crise énergétique de 2022 revient souvent. À l’époque, le Diesel avait atteint des sommets historiques, culminant à plus de 2,28 euros le litre. Mais il faut rappeler que la Belgique dépendait alors fortement des approvisionnements russes, ce qui amplifiait la tension sur les marchés.
Le contexte actuel est très différent. Les sources d’approvisionnement ont été diversifiées depuis, ce qui réduit la vulnérabilité du marché belge. Le secteur appelle d’ailleurs à éviter toute panique : les stocks sont jugés suffisants.
L’État gagne-t-il davantage ?
Mais il reste à traiter la question centrale : l’État belge encaisse-t-il plus lorsque les prix grimpent ? Rappelons que l’an dernier, les recettes fiscales sur les carburants ont rapporté plus de 6,1 milliards d’euros. Un record. Cela dit, la réponse est beaucoup moins évidente qu’on pourrait l’imaginer. Les accises sur l’essence et le Diesel sont des montants fixes par litre. Que le baril soit élevé ou non, la taxe par unité reste identique. Une hausse du prix à la pompe ne génère donc pas automatiquement plus de recettes d’accises, sauf si les volumes consommés augmentent. Mais c’est rarement le cas en période de flambée.
En revanche, la TVA est proportionnelle au prix final. Théoriquement, une hausse des tarifs entraîne donc un supplément de recettes. Mais cet effet est aussi souvent limité par la contraction de la consommation. Surtout, l’expérience de 2022 rappelle que l’État peut aussi réduire temporairement la pression fiscale pour amortir le choc : à l’époque, les accises avaient été abaissées forfaitairement de 17,5 centimes par litre. Autrement dit, parler de « jackpot » pour le gouvernement n’est pas du tout réaliste.
Le gouvernement fédéral s’est d’ailleurs exprimé sur le sujet des prix de l’énergie. L’Arizona suit la situation de près. Le ministre des Finances Jan Jambon (N-VA) a indiqué qu’aucune mesure immédiate n’était envisagée, tout en laissant la porte ouverte à une intervention si les prix devaient rester durablement élevés. Le ministre de l’Énergie Mathieu Bihet (MR) évoque plusieurs scénarios à l’étude. Ainsi, si le mécanisme du facteur K constitue déjà un amortisseur, l’exécutif a annoncé travailler sur de nouvelles méthodes qui permettraient d’agir plus rapidement en cas de flambée via les accises. Pas de panique donc, du moins pour l’instant.
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