L’impact a été immédiat. Après les frappes américaines et israéliennes visant l’Iran, les cours du pétrole ont bondi de 9% dans les échanges suivant la fermeture des marchés. Le Brent, qui évoluait autour de 73 dollars avant l’attaque, avoisine aujourd’hui la zone des 80 dollars. Et ce ne serait qu’un début, car nombre d’analystes anticipent une poursuite du mouvement lors de la reprise des cotations ce lundi matin.
Il faut bien comprendre la situation. À ce stade, aucune infrastructure majeure ne semble affectée et les flux physiques restent inchangés. Mais le passage d’une tension diplomatique à des frappes militaires change le risque : les marchés n’anticipent plus seulement une crise politique et ils intègrent désormais aussi la possibilité d’une perturbation des exportations ou du transit maritime.
Acteur important, mais pas dominant
Avec environ 3,1 millions de barils produits chaque jour, l’Iran figure parmi les dix premiers producteurs mondiaux. Son brut, peu coûteux à extraire – autour de 10 dollars le baril – lui confère un avantage comparable à celui des monarchies du Golfe. Le pays disposerait en outre des troisièmes réserves mondiales.
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En pratique, les sanctions américaines restreignent fortement l’accès de l’Iran aux marchés occidentaux. Ses exportations sont donc limitées et concentrées sur un nombre réduit d’acheteurs, dont la Chine (80% environ).
Ormuz, l’artère du pétrole mondial
Ce sont moins les installations de production iraniennes que le détroit d’Ormuz qui concentre les inquiétudes. Des messages attribués aux Gardiens de la Révolution ont averti les navires que le transit n’était plus autorisé par cette artère qui assure le transit de près de 20 millions de barils par jour, soit 20% de la consommation mondiale de pétrole liquide. Et à cela s’ajoutent d’importants volumes de gaz naturel liquéfié. Étroit – une cinquantaine de kilomètres – et peu profond, ce passage est très vulnérable.
Rien que ce risque modifie déjà toute la logistique avec la hausse des primes d’assurance, la résiliation de certaines couvertures « risque de guerre » et l’accumulation de tankers en attente hors du détroit. Les analystes indiquent qu’une réduction de moitié du trafic pendant deux mois pourrait retrancher environ 4 millions de barils par jour de l’offre mondiale. Il existe bien des possibilités de contournement via l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, mais elles plafonneraient dans le meilleur des cas à 2,6 millions de barils quotidiens.
L’Opep+ face à ses responsabilités
C’est dans ce contexte que huit membres de l’OPEP+ se sont réunis ce dimanche. Initialement fixée à 137.000 barils, la hausse quotidienne de production a été portée à 206.000 barils pour calmer les marchés et éviter une envolée des cours. Cela dit, l’augmentation de la production repose surtout sur l’Arabie saoudite et les Émirats qui disposent de capacités d’augmentation rapide. Le Koweït et l’Irak pourraient suivre, mais dans une moindre mesure. La Russie en revanche produit déjà à un niveau élevé et est de surcroît sanctionnée par de nombreux États pour sa guerre en Ukraine. Pour de nombreux analystes, dont ceux de Rystad Energy interrogés par Le Figaro, cette hausse sera nettement insuffisante en cas d’embrasement général où la perte nette effective atteindrait alors les 8 à 10 millions de barils de pétrole brut (sur un total de 106 millions quotidien en 2025).
Eight OPEC+ member countries have agreed in principle to raise oil production by 206,000 barrels per day (bpd), Reuters reported, citing sources in the know.
— Argaam Plus (@ArgaamPlus) March 1, 2026
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Vers un baril à 120 dollars ?
Actuellement, il ne faut pas (encore) s’alarmer, car le scénario principal reste celui d’une tension contenue avec des flux peu impactés. Dans ce cas de figure, le baril pourrait s’installer au-dessus de 80 dollars.
En revanche, si la situation devait se dégrader avec des frappes élargies, des attaques sur des infrastructures d’autres pays et la fermeture effective du détroit, alors les prix du baril pourraient s’envoler. Certains analystes prévoient alors un tarif qui monterait autour des 120 dollars, un niveau inédit depuis la crise énergétique qui avait suivi la guerre en Ukraine.
Que peut-on espérer en Belgique à la pompe ? Actuellement, les prix restent contenus avec environ 1,63 euro/l pour l’essence et 1,76 euro/l pour le Diesel, taxes comprises. Mais si le Brent devait s’installer autour de 120 dollars, nos calculs placeraient l’essence autour de 2,0 euros/l et le Diesel entre 2,3 et 2,5 euros/l, à fiscalité inchangée. Un tel niveau ne serait pas inédit : lors du choc provoqué par la guerre en Ukraine en 2022, les carburants avaient franchi la barre des 2,10 à 2,30 euros/l, établissant des records historiques sur le marché belge. À l’époque, le gouvernement avait toutefois ajusté les accises (réduction forfaitaire de 17,5 centimes) pour amortir l’onde de choc. La question se posera donc à nouveau en cas de flambée : les autorités activeront-elles le mécanisme du cliquet inversé pour contenir la hausse ? À voir...
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