Alors que l’échéance de 2035 pour la fin de la vente de voitures thermiques neuves reste le cap officiel de l’Union européenne – du moins jusqu’à aujourd’hui –, un nouveau projet en préparation pourrait bouleverser la donne et contraindre certaines catégories d’acteur à passer bien avant cette échéance à l’électrique. Selon des informations du journal allemand Bild et confirmée par les institutions européennes, la Commission travaille sur une directive qui obligerait les grandes flottes d’entreprise et les sociétés de location à n’acheter plus que des véhicules électriques dès 2030. Pourquoi cette précipitation ? Parce que ce marché pèse pour 60% des voitures neuves sur le continent. L’Europe y voit donc un levier pour atteindre ses objectifs de réduction de CO2.
Le texte est encore en cours d’élaboration, mais il pourrait être déjà présenté dès la fin de l’été avant d’être soumis à l’examen du Parlement et du Conseil européens. S’il est adopté, il marquerait un nouveau revirement dans la transition énergétique du secteur automobile.
La mesure déjà contestée par l’Allemagne
Mais cette ambition se heurte à une forte résistance. En Allemagne notamment, le projet suscite une levée de boucliers. Le chancelier Friedrich Merz l’a qualifié de « déconnecté des besoins actuels en Europe » et met en garde contre une pression réglementaire qui risquerait de fragiliser l’industrie automobile, pilier économique national. À Bruxelles, certains eurodéputés, comme Markus Ferber (CSU), dénoncent également une mesure « irréaliste » parce qu’elle anticipe de cinq ans l’échéance de 2035 toujours sans garantir que les conditions de réussite seront réunies.
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Les professionnels du secteur partagent naturellement cette inquiétude. Chez Sixt, le ton est alarmiste, car on estime que les vacanciers n’utiliseront quasiment plus de voitures de location, spécialement dans les régions plus rurales. Le même constat prévaut dans le secteur du leasing où le coût élevé des véhicules électriques pèse lourdement sur les modèles économiques. Déjà difficiles à rentabiliser en raison de prix d’achat souvent plus élevés et de coûts de réparation plus importants, ces voitures peinent ensuite à trouver preneur sur le marché de l’occasion.
Un paradoxe
Le projet européen semble d’autant plus paradoxal que de nombreux constructeurs misent sur un réajustement du calendrier puisque l’examen de la clause de revoyure (qui prévoit des ajustements en fonction de l’état d’avancement de l’électrification) est prévu dès cette année. L’idée d’une obligation anticipée pour les flottes semble dès lors aller à contre-courant des signaux attendus par les industriels, qui réclament de la prévisibilité et une stratégie cohérente.
D’après Bild, la Commission européenne indique que cette proposition ne vient pas uniquement d’en haut : elle serait née dans le cadre du dialogue entre Bruxelles et les constructeurs automobiles, avec une analyse d’impact encore en cours. Autrement dit, les discussions seraient loin d’être terminées et les arbitrages encore ouverts.
La menace asiatique
Si la mesure devait être adoptée, pourrait-elle profiter aux constructeurs ? Car a priori, une électrification massive des flottes augmenterait mécaniquement les volumes de production, améliorant les économies d’échelle et donc la rentabilité des modèles électriques. Mais sur ces marchés, les prix restent le critère décisif et, sur ce point, ce sont les constructeurs asiatiques – et Chinois en particulier – qui gagnent. Ces derniers maîtrisent mieux les coûts de production et inondent les segments les modèles plus accessibles auxquels les constructeurs européens ne peuvent répondre. Nos constructeurs pourraient donc se retrouver piégés. Rien ne dit aujourd’hui que le projet aboutira, mais son étude en elle-même met une nouvelle fois au jour les nombreuses incohérences et le manque de vision des têtes pensantes de l’Union européenne.
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