Depuis plusieurs années, le réseau belge de caméras ANPR (Automatic Number Plate Recognition) est installé pour surveiller les routes et enregistrer les plaques d’immatriculation, mais il fonctionne très en deçà de ses capacités. En effet, comme nous l’expliquions il y a plusieurs semaines, les serveurs informatiques sont dépassés par l’afflux de données, une situation qui avait contraint les autorités à mettre hors ligne de nombreuses caméras, en particulier dans les zones frontalières ainsi que sur les grands axes. Résultat : des contrôles de vitesse inactifs, des informations judiciaires perdues et, bien entendu, des recettes issues des amendes largement en baisse.
Mais cette situation est en passe de changer. Le gouvernement fédéral vient en effet d’annoncer la mise en œuvre d’une infrastructure entièrement nouvelle, baptisée ANPR@GPI et qui va unifier l’ensemble du réseau. Développée à l’origine par la police d’Anvers, cette technologie va ainsi permettre de connecter jusqu’à 10.000 caméras simultanément, indépendamment de leur marque ou modèle. Une révolution.
L’intelligence artificielle pour la traque
Mais cette montée en puissance ne se limite pas à la simple reconnexion d’équipements existants si on en croit les informations récoltées par HLN. Car un moteur d’analyse révolutionnaire – le FOCUS-ANPR – va par ailleurs transformer les capacités des forces de l’ordre. Ce système ne se contente plus de détecter des plaques suspectes (ou même les véhicules sans plaque) : il est aussi capable de reconstituer le trajet d’un véhicule, d’anticiper ses déplacements et de permettre ainsi une interception ciblée avec moins de risques pour les enquêteurs.
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Par ailleurs, grâce à l’intelligence artificielle intégrée au logiciel d’analyse, les agents pourront aussi identifier des comportements anormaux sur la route : les cortèges de véhicules liés au trafic de drogue, les passages répétés dans des zones sensibles (rodéos urbains) ou encore l’utilisation abusive de places réservées aux personnes handicapées. À terme, même les voitures impliquées dans des délits de fuite, dont la plaque est inconnue, pourront même être identifiées sur la base de simples critères visuels comme la couleur, la marque ou le modèle.
Pluie d’amendes à prévoir
On s’en doute, ce changement annoncé par le ministre de l’Intérieur, Bernard Quintin (MR), va s’accompagner d’une conséquence inévitable pour les automobilistes : une recrudescence des contrôles et donc, des amendes. En 2024, les radars tronçons représentaient déjà 25% des 6,9 millions d’infractions relevées, soit 1,7 million de procès-verbaux. Ce chiffre pourrait donc croître de manière exponentielle dès que les centaines de caméras non utilisées jusqu’ici seront réactivées à partir de 2026.
Bien que la police ait été interrogée, il est impossible actuellement de connaître avec certitude le nombre de dispositifs hors service. C’est de bonne guerre. C’est donc une nouvelle fois la stratégie de l’intimidation qui prime : le simple fait de savoir qu’un contrôle peut être en activité suffira sans doute à influencer le comportement des automobilistes.
Une opération financée par les contrevenants ?
Le projet ANPR@GPI est évalué à 10,2 millions d’euros sur quatre ans et il sera intégralement financé par le Fonds de sécurité routière qui est lui-même alimenté par les amendes de circulation. Une ironie assumée, mais aussi une manière pour les autorités de boucler la boucle et renforcer la prévention et l’efficacité policière. Enfin, on serait plutôt tenté de dire la répression, car avec ce nouveau dispositif, on se demande ce qui ne sera pas scruté. C’est la porte ouverte à toutes les dérives en matière de verbalisation. On se demande d’ailleurs ce qu’il restera encore de la vie privée avec cette technologie même si les autorités précisent que les conducteurs utilisant le téléphone portable ne seront pas encore verbalisés. Cela dit, il ne faut pas se leurrer : les responsables assurent qu’une extension des fonctionnalités est envisageable à moyen terme. C’est d’ailleurs prévu dans l’accord de gouvernement.
D’un point de vue purement opérationnel, quelque 500 caméras bruxelloises rejoindront déjà le réseau intelligent dès septembre 2025 et, à terme, c’est l’ensemble du territoire qui bénéficiera de cette infrastructure. D’ici là, le message est clair : mieux vaut rouler en règle, car chaque manquement pourra désormais être identifié plus vite et plus sûrement.
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