C’est un combat d’un autre-temps, nous direz-vous peut-être… Mais dans l’imaginaire du passionné, le SUV est à mille lieues de ce que l’on chérit habituellement en collection, à savoir une voiture basse, élégante, nerveuse… Comment imaginer que ces gros cubes, nés pour emmener les enfants à l’école, tracter un van ou grimper un trottoir devant une boulangerie chic, puissent un jour entrer en collection ? Pour ces puristes, le SUV, c’est l’objet du quotidien, pas celui que l’on bichonne et que l’on gare sous une housse !
Et pourtant, les lignes bougent… et vite !
Pourquoi ? D’abord parce que le marché de la collection suit la nostalgie générationnelle, quitte à s’éloigner des canons d’antan. Et il se trouve justement que, dans sa « Bull Market List 2026 », Hagerty rappelle que les générations X, Y et Z prennent de plus en plus de place dans le hobby. Comprenez qu’ils auront envie de collectionner les voitures de leurs parents, voire les voitures qui les faisaient rêver lorsqu’ils étaient plus jeunes… Voilà donc pourquoi certains SUV ont toutes les chances de percer ! Bien évidemment, et à l’instar de ce que nous disions pour les berlines, ils ne s’orienteront pas vers la version diesel de base, mais opteront pour la déclinaison qui les faisait rêver ! Et c’est là, justement, que les SUV d’il y a 20 ans ont une grosse carte à jouer… Bien sûr, tous les SUV ne seront pas forcément des collectors, mais les versions très spéciales, sportives ou exclusives ont toutes leurs chances !
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Quelle époque !
Au début des années 2000, nous sommes en pleine période d’abondance mécanique ! C’était l’époque du « no limit », celle où les constructeurs osaient de gros moteurs bardés de cylindres dans des carrosseries massives et aux intérieurs somptueux. C’était l’époque aussi où les SUV accueillaient certaines des mécaniques les plus délirantes du marché : on se souvient du Porsche Cayenne Turbo, de l’Audi Q7 V12 TDI, voire du VW Touareg W12 ou V10 TDI ! Des monstres très peu politiquement corrects, qui ne s’adressent dès lors pas à tous les collectionneurs, mais qui ont comme particularité de trancher radicalement avec les engins hybrides et bardés d’écrans que l’on connaît aujourd’hui. Bref, ces engins incarnent une certaine idée de la démesure d’avant la grande rationalisation. Forcément : entre les zones LEZ, la consommation gargantuesque (et les émissions qui vont avec) et les autres taxes assassines, ces dinosaures étaient condamnés à l’extinction !
Pour qui ?
Il y a fort à parier que, culture oblige, cette tendance ne soit pas suivie de la même manière dans tous les pays. En revanche, tous les ingrédients classiques d’une future tendance sont bel et bien là : aspect nostalgique, exclusivité, prestige du badge et, accessoirement, possibilité d’exploiter l’engin de multiples manières ! En effet, avec pareil mastodonte, on peut partir en week-end, embarquer la famille, rouler sous la pluie sans drame, tracter du lourd…
On le voit d’ailleurs très bien aux États-Unis avec le Jeep Wagoneer. Lancé en 1963 et souvent présenté comme l’un des premiers SUV modernes, il y bénéficie d’un vrai capital nostalgique, au point d’avoir largement trouvé sa place dans le marché de collection américain ! Chez nous, en revanche, le modèle est resté bien plus marginal dans le paysage automobile, et il ne ravive donc pas ce souvenir de jeunesse qui nourrit l’envie de collectionner. C’est un bon rappel qu’une auto ne devient pas collector partout de la même façon : encore faut-il qu’elle ait réellement existé dans l’imaginaire local !
Une rareté qui rend cette tendance utopique ?
Ensuite, ce qui fait aussi l’attrait de certains de ces engins, c’est l’effet de rareté… mais il faut bien avouer que c’est une rareté un peu tordue ! Ces autos ont parfois été produites en nombre respectable, mais entre celles qui ont servi de bêtes de somme, celles qui ont été négligées, celles qui ont subi un entretien approximatif et celles qui ont été transformées en objets roulants non identifiés sur la route, les beaux exemplaires deviennent franchement difficiles à dénicher. Et à cela, il faut évidemment rajouter les exemplaires cumulant une cascade de pannes qui finit par rendre les réparations plus chères que le véhicule lui-même.
« Tout le monde le dit, Hagerty aussi : les SUV sont la prochaine grande mode en collection. Mais moi, je n’en trouve pas, de beaux ML63 AMG ou BMW X5 4.8is », nous glissait récemment Xavier Molenaar, d’Oldtimerfarm. Et de fait, parcourez les annonces, y compris à l’échelle européenne, et on vous souhaite bon courage pour trouver un magnifique VW Touareg W12 ou un Porsche Cayenne Turbo S en parfait état de présentation et d’entretien.
Des coûts d’entretien pharaoniques…
Et le problème ne s’arrête pas là : ces engins ne sont en effet pas toujours très réputés pour leur robustesse, contrairement à ce que leur allure laisse supposer. Bien entendu, tous ne sont pas logés à la même enseigne, mais il y a un point commun : une immense sophistication qui les rend très onéreux à l’entretien et en cas de réparation. Quant à la consommation, c’est, comme nous le disions récemment, un sujet qui peut refroidir le néophyte, mais pas le collectionneur aguerri : en usage collection, le faible kilométrage relativise grandement l’importance de l’appétit !
Un avenir compromis ?
Oui, sur papier, le SUV réunit tous les ingrédients pour percer dans les ventes aux enchères prestigieuses. Mais il faut bien reconnaître que son parcours est particulièrement semé d’embûches et que pour séduire, il lui faudra, dans un premier temps, atteindre une valeur suffisante pour rendre le coût à l’usage digérable… Entre entretien ruineux et extrême rareté des beaux exemplaires, son accession au rang de collector n’a donc rien d’automatique !
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