Sur une route belge, une belle Audi RS6 circule comme si de rien n'était. Jantes impeccables, silhouette imposante. Et puis le regard tombe sur la plaque. Pas une combinaison anonyme de lettres et de chiffres. La plaque est personnalisée et elle indique « CHÔMEUR ».
Les plaques perso en Belgique 🇧🇪, c'est la folie 🤣
— Monsieur-TK (@MiningTk) April 13, 2025
Sympa la RS6 😜 pic.twitter.com/gsM1xE3s7Z
Il n’aura pas fallu attendre : la photo a rapidement circulé sur les réseaux sociaux, déclenchant une avalanche de commentaires. Car le contraste est total et redoutablement efficace. D'un côté, une carrosserie à 150.000 euros et de l'autre, un mot qu'on associe plutôt aux fins de mois difficiles qu'aux salons VIP. On ne peut pas s'empêcher de regarder. De sourire aussi. Et c'est peut-être exactement ce que cherchait le propriétaire. Mais est-ce le cas de tout le monde ?
L'État dit merci
Chez nous, les plaques personnalisées existent depuis 2014. La DIV (Direction de l'Immatriculation des Véhicules) gère les demandes : une combinaison au choix, moyennant un surcoût de 1.000 euros. Les formats sont toutefois encadrés et le nombre de caractères limité. Et ça marche. Selon les derniers chiffres disponibles, 13.286 demandes ont été formulées en 2023 et 13.538 en 2024. Forcément, les recettes ont suivi la même progression avec 11,6 millions de revenus pour les autorités en 2024 contre... 6,7 millions en 2020. Bingo ! Depuis l'introduction du système, ce sont au total plus de 80.000 combinaisons qui ont été demandées. L'engouement ne faiblit pas.
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Mais revenons à notre plaque « CHÔMEUR » sur cette berline de luxe. L’autodérision semble assumée : c’est se moquer de soi-même avant que les autres le fassent et jouer avec les codes de la réussite sociale. C’est donc un second degré revendiqué. Mais est-ce compris de tous ? Pas sûr, car derrière le gag, il y a une réalité que les 1.000 euros de plaque personnalisée n'effacent pas : le chômage touche des gens qui, eux, ne roulent pas en berline à 150.000 euros et peinent à faire le plein, surtout par les temps qui courent. L'humour sur le dos d'une situation subie ne fait donc pas rire tout le monde...
Humour ou malaise ?
La question est donc la suivante : jusqu’où fait-il (ou peut-on ) aller ? La DIV filtre les demandes. Les plaques à caractère raciste, politique ou franchement insultant sont refusées. Mais le système n'est pas infaillible et des combinaisons à double sens passent parfois, en dialecte ou en référence culturelle ésotérique. Une liste noire est en cours de renforcement depuis 2023. Mais certains passent encore entre les mailles du filet.
Bien entendu, la plaque « CHÔMEUR » passe le filtre. Ce n'est pas une insulte directe. C'est un terme socialement chargé, légalement neutre. La plaque est donc tout à fait légale. Et elle fait précisément ce que son propriétaire souhaitait consciemment ou non : faire parler.
Contrôles renforcés
Il faut rappeler que depuis fin 2025, la DIV a renforcé ses procédures avec des outils d'intelligence artificielle capables de détecter des insultes en français, néerlandais, anglais, allemand. Une plaque « 7 OKTOBR », référence à l'attaque du Hamas contre Israël, a glissé entre les mailles avant que le système ne soit musclé. Aujourd'hui, chaque demande passe d'abord par un filtre automatisé puis par un agent humain. Ça ne règle pas tout, mais la vigilance est de plus en plus marquée.
Ce qui est frappant dans cette histoire, c’est moins la plaque elle-même que la vitesse à laquelle elle a circulé sur les réseaux et l'intensité des réactions qu'elle a déclenchées. Mais il faut croire que notre rapport aux signes extérieurs de richesse reste intact et qu’aucune liste noire ne changera ça. La prochaine plaque belge qui fera le tour du web est peut-être déjà en cours d'homologation... À suivre.
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