Y aura-t-il un moment dans l'histoire où les voitures rouleront sur des pneus fabriqués à partir de... sucre ? Cette idée semble presque sortir d'un livre pour enfants, mais chez Michelin, on y travaille sérieusement. Le géant français du pneumatique a annoncé un investissement de 60 millions d'euros dans une nouvelle usine dans le sud de la France destinée à produire du 5-HMF, une molécule à base de fructose conçue pour remplacer les produits chimiques dérivés du pétrole.
Ce projet marque une nouvelle étape dans la stratégie de développement durable de Michelin, qui expérimente des solutions plus respectueuses de l'environnement dans l'industrie du pneumatique depuis les années 1990. En 1992, il faut se souvenir que l'entreprise avait lancé un « pneu vert » (Energy) pour lequel la bande de roulement renfermait bien plus de silice qu'à l'accoutumée - une innovation à l'époque.
Le plus grand du monde
Avec le 5-HMF (5-Hydroxyméthylfurfural), Michelin vise désormais un changement structurel. Cette substance, dérivée des sucres naturels des fruits, peut en effet remplacer des composants nocifs telles que le formol et le résorcinol actuellement utilisées dans toutes sortes d'applications industrielles. Ces produits chimiques sont non seulement nocifs pour l'environnement, mais ils posent également des problèmes de santé humaine.
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L'usine prévue devrait produire 3.000 tonnes de ce dérivé de sucre par an, ce qui en ferait la plus grande installation de production au monde pour cette molécule. Car celle-ci n'est aujourd'hui fabriquée qu'à très petite échelle en Asie. Le site devrait être opérationnel à la fin de l'année 2026. Une petite équipe de 30 employés y assurera la montée en puissance de la production.
Du pneu à l'avion
Si le 5-HMF n'est pas encore présent dans les pneus de voitures commerciales, Michelin teste déjà la molécule à travers sa filiale ResiCare. Cette dernière développe des résines adhésives alternatives qui, comme leurs homologues fossiles, assurent la liaison moléculaire entre le caoutchouc et les textiles dans la structure du pneu, ce qui est particulièrement important aux températures élevées et avec de lourdes charges.
Les ambitions de l'entreprise ne se limitent toutefois pas au secteur automobile. Selon les projections, la demande européenne de 5-HMF pourrait atteindre au moins 40.000 tonnes par an d'ici à 2030, avec des applications dans des secteurs tels que la construction, les cosmétiques, l'agriculture, l'électronique et même l'aérospatiale.
Une industrie européenne en plein essor
Pour l'instant, la molécule de sucre reste une affaire coûteuse. La capacité de production limitée et le prix élevé font que le 5-HMF reste pour l'instant hors de portée des applications commerciales. Michelin espère changer la donne avec cette production "maison", mais aussi en octroyant des licences d'exploitation à d'autres acteurs. Cette démarche pourrait jeter les bases d'une nouvelle industrie basée sur le développement durable en Europe.
Les concurrents de Michelin taillent aussi leur route. Continental, par exemple, expérimente le caoutchouc à base de pissenlits tandis que Goodyear réfléchit à des pneus à base de mousse produisant de l'oxygène. Mais alors que ces idées sont encore très expérimentales, Michelin franchit une étape concrète. Il faudra certes encore du temps avant que l'automobiliste moyen ne trouve du sucre sous ses passages de roues, mais la machine est en marche.
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