Depuis plus d’une décennie, la Chine a investi massivement dans la transition vers la mobilité électrique. Entre 2009 et 2023, plus de 215 milliards d’euros ont été injectés sous forme de subventions pour encourager la production de véhicules électriques, hybrides rechargeables ou à pile à combustible. Ces aides, versées directement aux constructeurs, pouvaient atteindre jusqu’à 60.000 yuans (environ 7.800 euros) par véhicule produit, à condition que celui-ci respecte certains critères techniques précis, notamment en matière d’autonomie.
L’objectif de Pékin était clair : faire de la Chine un leader mondial dans cette industrie stratégique. Et la démarche a jusqu’ici été payante, puisque les ventes de véhicules électrifiés dépassent désormais celles des modèles thermiques sur le marché intérieur. En outre, d'après les dernières données du premier trimestre 2025, BYD est le constructeur chinois de voitures particulières qui a réalisé le bénéfice net trimestriel le plus élevé, à 9,155 milliards de yuans (1,11 milliard d’euros). Geely arriverait en deuxième position, avec un bénéfice net de 5,672 milliards de yuans (soit 678 millions d’euros). Tesla est largement distancé puisque BYD affiche une marge de 20,7% (bigre !) contre 16,3% au constructeur américain.
Un audit accablant
Mais derrière cette réussite, un vaste audit mené par le ministère de l’Industrie et des Technologies de l’Information a mis en lumière un système de subventions trop facilement manipulable. Entre 2016 et 2020, environ 865 millions de yuans – soit l’équivalent de 105 millions d’euros – auraient été versés à des constructeurs pour des véhicules ne répondant pas aux fameux critères d’éligibilité.
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Parmi les entreprises épinglées, deux poids lourds de l’automobile chinoise : Chery et BYD. Chery aurait selon les estimations perçu l’équivalent de 29 millions d’euros pour environ 8.860 véhicules non conformes. Quant à BYD, champion national des ventes de voitures électriques, il aurait obtenu 143 millions de yuans (plus de 17 millions d’euros) pour seulement 4.900 modèles. À eux seuls, ces deux groupes représenteraient près de 60% du montant des subventions irrégulières recensées par l’audit.
Disqualifiés, mais subventionnés
Les véhicules concernés ne remplissaient pas les conditions exigées, notamment en matière d’autonomie. Malgré cela, ils ont bénéficié d’aides publiques. L’enquête mentionne un total de 21.725 véhicules non éligibles. Si les documents d’audit ne précisent pas encore clairement les sanctions prévues, on imagine que le principe de remboursement des sommes indûment perçues devrait rester la règle. Mais on imagine mal qu’il n’y ait pas de carte rouge – sans mauvais jeu de mots –, car n’importe quel détournement est toujours à dessein. Cela dit, on n’oubliera pas que les constructeurs chinois sont impliqués dans une féroce guerre des prix ainsi qu’une surcapacité industrielle chronique, ce qui pourrait les inciter à se jeter sur tous les moyens (financiers) possibles et imaginables.
Naturellement, cet audit va laisser des traces. Et il va modifier les mécanismes de soutien public, tout en réduisant les excès de production comme on avait pu le constater il y a plusieurs mois en observant les centaines de voitures délaissées sur des parkings. Le ministère a communiqué que des vérifications supplémentaires, portant sur les années 2021 et 2022, étaient en cours. Des pratiques douteuses comme l’immatriculation fictive de flottes entières – aussitôt revendues comme occasion à « zéro kilomètre » – ont par ailleurs été dénoncées.
Ni BYD, ni Chery, ni les autorités n’ont pour l’instant commenté officiellement les résultats de l’audit. Mais si cette affaire devait se confirmer, elle pourrait porter un coup sévère à la crédibilité du modèle chinois de soutien à la voiture électrique.
Car il faudra évidemment voir quelle sera l’attitude de Pékin face à ces abus qui semblent aujourd’hui avérés. Le gouvernement décidera-t-il de couper les vivres aux constructeurs ? Ce pourrait laisser alors une chance aux constructeurs occidentaux qui ne disposent pas de toutes ces aides. Mais c’est évidemment peu probable. Parce qu’en consacrant 215 milliards d’euros à ce secteur, Pékin a construit l’industrie automobile la plus puissante du monde. Et dans l’esprit du Parti, c’est probablement le plus important. Dès lors, le fait que quelques dizaines de millions d’euros se soient égarés ça et là n’a probablement que peu d’importance...
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