Peut-on un jour griller un feu rouge sans risquer l'amende en Belgique ?

Un feu rouge qui s'éternise, pas une voiture en vue, et cette impression tenace d'attendre pour rien devant un signal qui semble vous avoir oublié. Une minute, parfois deux, alors que le carrefour est désert. La tentation de passer monte. Une enquête Touring chiffre cet agacement chez nous, mais là où certains voisins finissent par excuser l'attente de trop, la Belgique, elle, ne pardonne rien. 

Publié le 15 juin 2026
Temps de lecture : 4 min

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Peut-on un jour griller un feu rouge sans risquer l'amende en Belgique ?

Près d'un automobiliste belge sur deux estime perdre trop de temps aux feux rouges. Chez les piétons, la proportion dépasse une personne sur deux, tandis que chez les cyclistes comme chez les trottinettistes, c'est environ la moitié. Ces chiffres viennent d'une enquête Touring menée auprès de mille usagers belges. Des automobilistes, mais aussi des piétons, des motards et des conducteurs de camions. L'affaire tournerait à l'anecdote si elle n'avait pas un prolongement plutôt gênant pour la sécurité routière. Car un piéton sur trois déclare ignorer régulièrement le signal d’interdiction. Chez les cyclistes, ils sont un sur cinq et, plus surprenant, ils sont 4 % des automobilistes à le franchir.

Le feu qui ne convainc plus

On ne grille pas un feu par pur incivisme. Ou rarement. On le grille en revanche quand il paraît injustifié. Les Néerlandais ont un mot pour ça, la « roodlichtnegatie », la négation du feu rouge. Et leur manuel de référence ne nie pas la question : attendre longtemps sans trafic en face rend le feu non crédible. Or un feu qui perd sa crédibilité perd aussi son autorité.

Pour les chercheurs néerlandais de DTV, c'est un ressort psychologique classique qui porte un nom : « l'aversion à la perte », un concept économique développé par deux scientifiques, Kahneman et Tversky. Concrètement, la crainte de perdre son temps pèse plus lourd dans nos décisions que la perspective d'en gagner. Et le feu rouge n'est plus lu comme une protection, il devient un obstacle.

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Pas en Belgique

En France, le Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema) fixe un seuil de crédibilité autour de 120 secondes et observe que 35 % des automobilistes finissent par passer après six minutes d'attente, car ils jugent alors le feu défaillant. L'Allemagne va plus loin : la loi tolère le franchissement après cinq minutes, mais à condition de céder le passage et que le feu soit en panne, ce qui n’est pas toujours facile à évaluer.

Et la Belgique ? Rien. Aucun délai légal n’absout l’automobiliste, quel que soit le temps d’attente. En cas de panne, la priorité redevient celle des panneaux, mais griller le rouge reste une infraction du troisième degré. L’amende est de 174 euros en perception immédiate, mais elle peut grimper à 317 euros en ordre de paiement et elle conduit alors tout droit au tribunal de police. La patience n'a pas de prix. L'impatience, si.

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Le piège du « sans conflit »

Reste à savoir quoi faire. Touring plaide pour une meilleure coordination des feuxcette onde verte qui cale les passages au vert sur la vitesse du trafic pour éviter de repartir et s'arrêter trente mètres plus loin – et pour des feux intelligents capables de s'adapter au trafic réel. Près de 60 % des Belges verraient même d'un bon œil un orange clignotant la nuit sur les axes moins fréquentés.

Et puis il y a le carrefour dit « sans conflit », dont les feux sont réglés de telle sorte que les usagers aux trajectoires susceptibles de se croiser ne sont jamais au vert en même temps. Quand piétons et cyclistes traversent, toutes les voitures restent au rouge, dans toutes les directions. L'idée est de protéger les plus vulnérables du scénario le plus redouté, celui du véhicule qui tourne et happe dans son angle mort un cycliste qu'il n'a pas vu. Sur le papier, la solution séduit, et 83 % des répondants belges y sont favorables.

Sauf que les Néerlandais du SWOV (l'institut néerlandais de recherche sur la sécurité routière) qui l'ont étudiée de près préviennent : généralisée sans discernement, elle multiplie les phases de feu, rallonge l'attente et nourrit précisément la négation du rouge qu'elle prétend corriger. Touring dit exactement la même chose. La bonne intention, parfois, peut fabriquer le problème qu'elle voulait régler...

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Par David Leclercq Rédacteur automobile

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