Voitures électriques : les primes à l'achat renchérissent les prix au lieu de les réduire, selon une étude

Cela peut sembler paradoxal, mais une étude vient de démontrer que les subventions à l'achat de voitures électriques ont un effet pervers. Les constructeurs en profiteraient pour relever légèrement leurs prix, si bien que l'avantage leur revient plutôt qu'aux consommateurs. Vrai ?

Publié le 11 juin 2026
Temps de lecture : 5 min

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Voitures électriques : les primes à l'achat renchérissent les prix au lieu de les réduire, selon une étude

Alors que les voitures à moteur thermique deviennent de plus en plus chères en raison des nouvelles technologies nécessaires à leur dépollution, les véhicules électriques voient, eux, leurs prix baisser d'année en année. Le coût des batteries a en effet chuté drastiquement tandis que la réglementation européenne contraint les constructeurs à augmenter leurs quotas de vente de voitures électriques, ce qui les oblige à proposer des véhicules à batterie plus accessibles.

A priori, les subventions sont censées combler l’écart de prix qui subsiste encore, mais en réalité, elles produiraient l'effet inverse. Exemple en Allemagne où les particuliers peuvent bénéficier depuis le début de cette année d'une aide d'État pouvant atteindre 6.000 euros à l'achat d'un véhicule électrique. Sauf qu’une étude montre que les constructeurs en profitent pour relever leurs prix. Au final, ce sont donc eux qui empochent indirectement une partie de la subvention.

« L'aide d'État fonctionne, mais dans le mauvais sens », a expliqué Ferdinand Dudenhöffer du Center for Automotive Research (CAR), une organisation qui analyse les prix de transaction sur le marché automobile allemand. « Depuis la mise en place de la prime, on observe que les constructeurs ont réduit leurs remises. »

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La subvention creuse l'écart de prix

Selon l'étude, l'écart de prix entre les voitures thermiques et électriques se serait creusé de 643 euros depuis le début de l'année sur le marché allemand. Et il ne s'agit pas du prix catalogue, mais bien du prix de la transaction réelle, c'est-à-dire le tarif fixé sur le bon de commande, après la négociation.

Pour illustrer leurs propos, les chercheurs citent l'exemple de Tesla qui a supprimé au printemps une remise « usine » de 3.000 euros sur le Model Y. De ce fait, le constructeur empoche indirectement une partie de la subvention, mais il profite aussi de la situation pour toucher une meilleure marge avec les consommateurs n’ont pas droit à la prime. Celle-ci ne s'applique en effet qu'aux ménages à revenus modestes et dépend par ailleurs du nombre d'enfants à charge.

Apparemment, d’autres constructeurs ont aussi procédé à de légères hausses de prix de transaction, selon le Center for Automotive Research, spécialement pour les versions d'entrée de gamme et les véhicules électriques de petite ou moyenne taille. « En réalité, la prime empoisonne le marché », estime encore Ferdinand Dudenhöffer.

Selon ses calculs, lorsque les 3 milliards d'euros d'aides d'État disponibles seront épuisés, le marché automobile se retrouvera avec des voitures électriques plus chères et sans plus aucune subvention. Il doute que l'industrie allemande tire réellement profit de cette situation, dans la mesure où les véhicules des marques premium comme Mercedes ou BMW ne sont de toute façon pas éligibles à la prime.

Les anciennes primes belges

La Belgique a elle aussi connu par le passé des aides à l'achat pour les voitures, électriques ou non. Le gouvernement flamand avait accordé entre 2016 à 2020, puis en 2024, des primes de plusieurs milliers d'euros aux particuliers pour l'achat d'un véhicule électrique.

Cette dernière prime a toutefois été supprimée dès sa première année au motif qu'elle avait rencontré un succès trop important, avec plus de 10.000 demandes. Pour l'achat d'un véhicule neuf d'une valeur maximale de 40.000 euros, le gouvernement apportait une contribution de 5.000 euros pour les voitures neuves et de 3.000 euros pour ceux d’occasion. Dans ce dernier cas, il s'agissait d'exemplaires dont le prix neuf d'origine ne dépassait pas les 60.000 euros.

Mais bien avant cela encore, on a aussi connu une écoprime fédérale, accordée d’abord via la déclaration fiscale, puis directement lors de l'achat. Elle permettait d'obtenir une aide équivalant à 15 % du prix neuf, plafonnée à 4.540 euros, pour l’acquisition d'un véhicule émettant moins de 105 g/km de CO2.

En pratique, la prime était souvent octroyée à de petites voitures Diesel, comme une Volkswagen Polo TDI ou une Mini Cooper D. Les constructeurs constatèrent à l'époque que les consommateurs utilisaient souvent cette prime pour acheter des options supplémentaires, transformant ainsi la subvention en aubaine pour l'industrie. La prime fut supprimée fin 2011.

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La politique européenne

Des experts ont déjà mis en garde à plusieurs reprises contre les effets néfastes des subventions qui provoquent souvent de grosses oscillations dans les courbes de ventes. La France, l'Italie et la Pologne accordent également des aides à l'achat d'un véhicule électrique, ce qui n’est pas très étonnant, car ces pays sont tous producteurs d’automobiles. C’est une manière de soutenir l’activité économique et l’emploi.

À y regarder de plus près, la politique européenne en matière de CO2 (et qui impose aux constructeurs des normes d'émissions de plus en plus strictes sur l'ensemble de la flotte) semble procurer un fonctionnement plus stable. La preuve avec l'écart de prix entre véhicules électriques et thermiques qui s'est réduit au fil des ans ainsi que la progression des ventes de voitures électriques.

Au premier trimestre de cette année, près de 20 % des voitures neuves achetées dans l'Union étaient entièrement électriques. Chaque année, cette part de marché progresse de plusieurs pourcents. Rappelons que deux ans plus tôt, elle dépassait à peine les 10 %.

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Par Hans Dierckx Rédacteur automobile

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