Depuis l'irruption de BYD, MG et consorts dans les salons automobiles européens, le récit est à peu près toujours le même : les constructeurs chinois auraient tout compris avant tout le monde et spécialement pour ce qui concerne la batterie, les logiciels embarqués, les interfaces et les méthodes de production. Tout cela leur permet de construire d’excellentes voitures à prix cassés. Et face à eux, l'industrie européenne serait dépassée, trop lente enfermée dans ses vieilles recettes thermiques.
Ce narratif n'est pas entièrement faux : la qualité des véhicules chinois a progressé à pas de géant en dix ans et les technologies utilisées sont souvent disruptives. Cela dit, cette vision est aussi très incomplète, comme le démontre l’étude publiée ce 1er juin 2026 par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui analyse les politiques économiques, produit des statistiques de référence et formule des recommandations aux gouvernements. La démonstration est étonnante et présente une rigueur qu'on ne peut pas balayer d'un revers de main.
The OECD says Chinese companies in key industries received far more state support than international rivals between 2005 and 2024 https://t.co/czZScXiOnT#Belga #China #EU pic.twitter.com/9IBqT1SpHY
— Belga News Agency_English (@Belga_English) June 1, 2026
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Ce que l'OCDE a mesuré
Pour cette étude, l'OCDE a construit quelque chose d'inédit : la première base de données mondiale standardisée sur les subventions industrielles, baptisée MAGIC. Concrètement, ses équipes ont épluché les rapports financiers de 525 grandes entreprises réparties dans 15 secteurs stratégiques pendant vingt ans, de 2005 à 2024. Ils concernent les semi-conducteurs, l’acier, l’aluminium, les éoliennes, le secteur du solaire et, évidemment, l’automobile. Ce qui signifie que tout a été comptabilisé, comme les prêts à taux bonifiés, les subventions directes et les allègements fiscaux. Avec cette méthode, les analystes de l’OCDE ont contourné habilement l'opacité des déclarations chinoises à l'OMC (Organisation mondiale du commerce) qui sont notoirement incomplètes depuis plus de deux décennies. Et le verdict est sans appel.
En 2024, le total des aides publiques dans ces secteurs a atteint 108 milliards de dollars (environ 94 milliards d'euros), soit le niveau le plus élevé depuis la crise de 2008. Et les entreprises chinoises reçoivent entre trois et huit fois plus de soutien que leurs concurrentes des pays membres de l'OCDE. Malheureusement, le rapport ne permet pas d'isoler le seul secteur des constructeurs automobiles, mais les mécanismes décrits s'appliquent évidemment à cette industrie, comme nous l’avions déjà abordé en 2024.
Le chiffre qui change tout
Mais le chiffre le plus dévastateur du rapport n'est pas le volume des aides. C'est leur effet réel sur les marchés. L'OCDE estime que 60 % des gains de parts de marché des entreprises chinoises entre 2005 et 2024 s'expliquent par les subventions publiques. Pour la comparaison, la moyenne mondiale est de 22 %. Les constructeurs chinois n'ont donc pas conquis les marchés parce qu'ils étaient meilleurs, mais ils les ont conquis parce que l'État payait une partie de la facture. Et l'organisation va encore plus loin en soutenant que ces aides n'ont pas amélioré la productivité ni l'innovation des entreprises concernées.
Elles leur ont simplement permis de casser les prix et de décourager les investissements concurrents. Certes, les ingénieurs de BYD ou de CATL sont compétents, personne ne le conteste. Mais cette étude nous montre que leurs homologues européens ne le sont pas moins. La différence ? Ils ont juste infiniment moins de moyens publics derrière eux. Ce n'est pas un déficit de talent, c'est un choix politique de Pékin. Et, dans le même temps, une absence de choix équivalent en Europe qui a toujours (trop) prôné la libre concurrence et le non-interventionnisme. Une erreur.
Une réaction européenne suffisante ?
Il faut être honnête : l'Union européenne n'est pas restée totalement passive. Depuis juillet 2024, des droits de douane compensatoires s'appliquent aux véhicules électriques produits en Chine : 17,4 % pour BYD, 20 % pour Geely, 38,1 % pour SAIC. Ces taux ont été calculés précisément à partir des niveaux de subventions détectés par l'enquête européenne, une démarche que le rapport OCDE salue rétrospectivement. Cela dit, cela ne résout toujours pas l’écart, car protéger n'est pas rattraper et encore moins sur un retard de financement accumulé sur vingt ans.
Et pour le client belge ?
En mai 2026, MG a enregistré 996 immatriculations en Belgique, soit près du triple par rapport au même mois l'an dernier. BYD a atteint pour sa part 507 unités, soit environ le double. De son côté Leapmotor a multiplié ses ventes par six, à 418 unités. Le marché belge est lui aussi en train de basculer. Bien entendu, le consommateur fait objectivement une bonne affaire : les voitures sont bien équipées, elles sont bien finies et, surtout, elles sont proposées à des prix sur lesquels l'industrie européenne ne peut toujours pas s’aligner.
Ce prix attractif est donc en partie financé par l'État chinois. Une partie de la facture est absorbée par Pékin et l'industrie européenne, elle, paie le prix de cette concurrence faussée en perdant des parts de marché et des emplois sur notre continent. Ce n'est pas une raison de ne pas acheter chinois. C'est une raison de comprendre pourquoi c'est moins cher.
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