L’interdiction totale des véhicules thermiques n’est pas une réalité à l’horizon 2035. Sous la pression d’une partie de l’industrie automobile européenne, la Commission européenne a assoupli sa vision et elle vise désormais un objectif de réduction de 90% des émissions de CO₂ à l’échappement par rapport à 2021, contre 100% initialement prévu. Et, apparemment, ce changement pourrait avoir des conséquences potentiellement importantes sur la transition du marché.
Selon l’ONG Transport & Environnement (T&E), cette modification de la trajectoire suffirait à modifier en profondeur la dynamique de l’électrification du parc automobile européen. Dans ce scénario, les véhicules 100% électriques ne représenteraient plus l’intégralité des ventes neuves en 2035, mais environ 85%. Le solde serait occupé par d’autres technologies autorisées pour compenser les émissions résiduelles.
Retour des alternatives
Le dispositif proposé par l’exécutif européen repose sur un principe de compensation. Les 10% d’émissions restantes pourraient être neutralisés par l’usage d’acier bas carbone produit dans l’Union européenne (jusqu’à 7%) ou par la commercialisation de véhicules utilisant des carburants décarbonés ou dits synthétiques (3%). Cette réglementation réintroduit donc de facto une variété de motorisations après 2035.
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Pour T&E, cette approche affaiblit le signal politique adressé aux industriels. En l’absence d’un objectif clair et exclusivement tourné vers l’électrique, les décisions d’investissement deviennent plus incertaines, alors même que la pression concurrentielle internationale, en particulier chinoise, s’accroît.
Des ventes électriques sous pression
Dans ce contexte, T&E anticipe un impact direct sur les volumes. Selon les choix technologiques opérés par les constructeurs, les ventes de véhicules électriques pourraient reculer de 50 à 95% par rapport à un scénario de transition obligatoire à 100%. La cause est évidente : une partie des capitaux sera redirigée vers des solutions intermédiaires que l’organisation juge moins efficaces à long terme, tant sur le plan climatique qu’économique.
Le directeur du pôle automobile de T&E, Lucien Mathieu, alerte sur un risque de dispersion stratégique. À ses yeux, l’Europe s’éloigne d’un modèle reposant sur une trajectoire industrielle clairement définie, alors que l’électrification mondiale s’accélère.
Un coût climatique mesurable
Au-delà des volumes de vente, l’impact environnemental serait loin d’être marginal. En s’appuyant sur le scénario révisé de la Commission, T&E chiffre à 720 millions de tonnes les émissions supplémentaires de CO₂ générées entre 2025 et 2050, soit une hausse de 10% par rapport au plan initial. Un surplus équivalent à huit années d’émissions du parc automobile allemand, sur la base des données de 2023.
Comme souvent, Transport & Environnement se concentre sur les conséquences climatiques et industrielles des choix réglementaires. L’organisation, engagée en faveur de la mobilité décarbonée, alerte sur les effets d’un cap européen moins affirmé et souligne les risques pour l’électrification. Mais l’étude laisse en suspens des questions centrales pour l’industrie automobile.
Comment financer la transition sans fragiliser les constructeurs européens ? Comment rendre l’électrique accessible au plus grand nombre ? Et avec quels leviers concrets pour répondre aux contraintes industrielles et aux usages quotidiens des automobilistes ? Voilà autant d’interrogations qui rappellent que la transition ne se joue pas uniquement sur le terrain des objectifs, mais aussi sur celui des solutions.
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