Chez Stellantis, le mot n’est plus tabou. Le groupe parle désormais ouvertement de « reset » ou de mise à zéro. Derrière cette formule, la réalité industrielle et financière va changer du tout au tout avec la remise à plat de la stratégie construite par Carlos Tavares sur l’hypothèse d’une bascule rapide et quasi linéaire vers le véhicule électrique. Le nouveau patron, Antonio Filosa a ainsi annoncé plus de 22 milliards d’euros de charges exceptionnelles pour changer le modèle actuel jugé trop éloigné des usages réels, des contraintes industrielles et de la rentabilité.
L’objectif de la nouvelle direction est de repartir sur des bases plus pragmatiques en rééquilibrant l’offre entre électrique, hybride et thermique. Stellantis ne renonce pas à l’électrification, mais refuse désormais de l’envisager comme un unique horizon. Désormais, l’approche sera fondée sur la demande effective des marchés.
Le coût des excès
Ce changement de cap a un prix considérable. Les 22,2 milliards d’euros passés en charges correspondent à un vaste exercice de correction de trajectoire. La part la plus lourde concerne le réalignement des plans produits avec une révision marquée à la baisse des volumes attendus pour les modèles 100% électriques. Des plateformes ont été dépréciées, des projets stoppés, des actifs purement et simplement annulés.
Publicité – continuez à lire ci-dessous
À cela s’ajoute la rationalisation de la chaîne d’approvisionnement des véhicules électrifiés, notamment dans les batteries qui est aujourd’hui forcément surdimensionnée face au rythme réel du marché et aux futures perspectives. L’ensemble de ces ajustements conduit le groupe à anticiper une perte nette comprise entre 19 et 21 milliards d’euros sur 2025 et le groupe a annoncé aux actionnaires qu’il ne verserait aucun dividende.
Sortie du tout-électrique
Sur le fond, le reset revendique aussi une stratégie de « liberté de choix », adaptée aux usages et aux régions. Le groupe remet en avant l’hybride et le thermique optimisé et il abandonne donc la vision du tout électrique. Bien entendu, la voiture électrique subsistera dans l’offre des marques de Stellantis, mais uniquement où elle fait sens.
Concrètement, même si on ne connaît pas encore les détails, ce revirement va se traduire par des lancements de nouveaux produits emblématiques et, évidemment, par l’abandon de certains projets électriques jugés insuffisamment rentables. À l’inverse, plusieurs modèles thermiques ou hybrides vont être relancés, comme on a pu le voir déjà en Amérique du Nord avec la relance du V8. C’est d’ailleurs a priori sur ce continent que la priorité sera mise.
Les investisseurs prennent leurs distances
Les marchés n’ont pas tardé à sanctionner l’annonce. Le titre Stellantis a décroché de plus de 20% en séance, atteignant un plus bas historique et effaçant plus de 18 milliards d’euros de capitalisation. Cette chute a entraîné dans son sillage une grande partie du secteur automobile européen, ce qui confirme la nervosité des investisseurs face aux révisions stratégiques majeures et notamment en automobile.
Pour autant, Stellantis insiste sur la solidité de son bilan, avec près de 46 milliards d’euros de liquidités industrielles et la possibilité de renforcer ses fonds propres via des instruments hybrides. Les indicateurs opérationnels montrent également des signes d’amélioration, notamment en Amérique du Nord, où les volumes et la part de marché progressent nettement.
Le véritable juge de paix sera l’Investor Day du 21 mai. C’est à cette échéance que le groupe dévoilera son nouveau plan stratégique. Mais il faudra passer par le choc pour mieux rebondir et épouser les courbes réelles du marché demain. Si le titre recule fortement à court terme, Antonio Filosa parie qu’en recalant l’offre sur la demande, Stellantis pourra progressivement remonter la pente.
À la recherche d'une voiture ? Cherchez, trouvez et achetez le meilleur modèle sur Gocar.be