Ce n’est pas un scoop : le prix reste le principal frein à l’adoption de la voiture électrique, malgré une réduction progressive des coûts. Au cœur de cette équation figure la batterie qui représente encore près de 40% du prix d’un véhicule électrique. Face à cette réalité, Tesla est le tout premier constructeur occidental à transformer son approche. Le constructeur américain vient en effet de mettre en service de sa première raffinerie de lithium aux États-Unis tandis qu’il prépare aussi une relocalisation partielle de la production de batteries en Europe.
Maîtriser le lithium
Installée à Corpus Christi, au Texas, la raffinerie de Tesla est désormais opérationnelle. Contrairement à l’extraction minière, l’activité du site porte sur le raffinage du lithium, un maillon critique dans cette la chaîne de valeur. Car si le lithium est relativement abondant un peu partout dans le monde, sa transformation reste concentrée en Asie et tout spécialement en Chine.
Tesla a en outre fait le choix d’un procédé industriel spécifique, basé sur le traitement du spodumène plutôt que sur l’exploitation de saumures. Sans rentrer dans les détails, le minerai est successivement chauffé, refroidi, puis traité par lixiviation alcaline avant une cristallisation. Le résultat : de l’hydroxyde de lithium, sans recours aux acides et avec un co-produit minéral inerte qui est réutilisable comme dans le béton. Cette approche qui vise à réduire l’empreinte environnementale du raffinage, mais aussi à sécuriser l’approvisionnement qui connaît des moments critiques. Il s’agit donc surtout de chercher à se prémunir contre la volatilité des marchés et à desserrer un goulot d’étranglement reconnu par l’ensemble de l’industrie.
Publicité – continuez à lire ci-dessous
Réduire les coûts
Cette intégration verticale pourrait avoir des effets directs en matière de réduction des coûts. En réduisant sa dépendance aux fournisseurs et aux fluctuations du lithium raffiné, Tesla se donne la possibilité d’absorber une partie des coûts ou d’ajuster ses marges. Une logique déjà explorée par d’autres groupes automobiles comme Stellantis qui investit également dans cette filière.
Si Tesla ne procède pas encore à l’extraction du lithium, le constructeur avait toutefois anticipé cette option en acquérant dès 2020 un vaste terrain minier au Nevada. Pour l’heure, le projet reste en suspens et l’effort est concentré sur le raffinage plus critique.
Merci Donald Trump ?
En parallèle, Tesla prépare un autre virage stratégique : la production de batteries directement en Europe. À partir de 2027, l’usine allemande de Berlin ne se limitera plus à l’assemblage des véhicules, mais elle intégrera une capacité de production de cellules estimée à environ 8 GWh par an, soit un volume suffisant pour équiper quelque 130.000 véhicules. Les cellules concernées seraient du format 4680, soit celles déjà exploitées aux États-Unis. Plus denses énergétiquement, elles pourraient être déclinées en chimie NMC ou LFP.
Mais pourquoi dit-on aussi que c’est grâce à Donald Trump que l’Europe hérite de cette production ? En réalité, ce n’est évidemment pas Donald Trump qui incite directement Tesla à investir en Europe. Mais son retour au pouvoir a modifié profondément l’environnement politique et industriel américain, au point de réduire fortement l’attractivité des investissements liés à la voiture électrique aux États-Unis.
Sous l’administration Biden, Tesla bénéficiait d’un cadre très favorable avec l’Inflation Reduction Act (IRA) qui subventionnait massivement la production de batteries et de véhicules électriques, à condition qu’ils soient fabriqués localement. Or, depuis le retour de Donald Trump, ces dispositifs ont été remis en question. Le discours anti-électrique et la volonté affichée de réduire les aides publiques à ce secteur rendent les investissements plus incertains et plus risqués à long terme.
Dans ce contexte, Tesla a décidé de rééquilibrer sa stratégie industrielle vers l’Europe, où le cadre réglementaire est plus prévisible. L’Union européenne impose des règles certes strictes sur l’origine des batteries et leur empreinte carbone, mais elle offre en contrepartie une visibilité à long terme et des mécanismes de soutien ciblés pour les projets industriels jugés stratégiques. D’ailleurs, Tesla pourrait bénéficier de soutiens publics dans le cadre des dispositifs IPCEI Batteries.
Prix cassés ? Pas si vite !
À court terme, produire des batteries en Allemagne ne signifie pas automatiquement des voitures moins chères. L’Europe reste plus coûteuse que la Chine, notamment en matière de main-d’œuvre, d’énergie et de normes industrielles, ce qui renchérit souvent le coût de fabrication d’une batterie. Mais on l’a dit, l’enjeu pour Tesla réside dans la maîtrise de la chaîne industrielle et pas dans la réduction des prix.
À la recherche d'une voiture ? Cherchez, trouvez et achetez le meilleur modèle sur Gocar.be