Il y a quelques semaines, le milliardaire Jeff Bezos, patron d’Amazon, créait la surprise en soutenant la start-up automobile Slate qui prévoit de lancer de nouveaux modèles automobiles ultrasimples et électriques. Celle-ci envisage de lancer ses premiers modèles dès la fin 2026 et pour aider à son financement, elle a proposé de pré-réserver les véhicules sans vrai risque puisque la réservation n’est facturée que 50 dollars de surcroît remboursables. Dès lors, même si ça périclitait...
Il faut voir la réalité en face : cet engouement est totalement inattendu. Et il pose en fait une question fondamentale : celle des vrais besoins des automobilistes. Face au Cybertruck de Tesla ou au R1T de Rivian souvent inaccessibles financièrement, Slate a peut-être ouvert une brèche. Celle d’un véhicule électrique simple, transformable et, surtout, abordable.
Et l’intérêt est là. Avec sa construction modulaire, le Slate Blank (le nom du châssis de base) peut être personnalisé à volonté, passant du pick-up de chantier au SUV familial, le tout assemblé dans une ancienne imprimerie de 130.000 m2 dans l’Indiana. La production est attendue fin 2026, avec une capacité de 150.000 véhicules par an dès 2027.
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Une offre qui s’inscrit dans une société fragmentée
Si le succès de Slate intrigue, il révèle surtout une réalité prégnante : la polarisation du marché automobile. Car, comme les chiffres le confirment, les segments qui progressent le plus ne sont ni le milieu de gamme ni les véhicules compacts traditionnels, mais bien les deux extrêmes : les modèles premium – électriques ou thermiques – et les véhicules low-cost, portés notamment par Dacia en Europe. Une étude du cabinet McKinsey confirme cette polarisation : en 2023, les ventes de voitures de luxe ont progressé de 15% en Europe, alors que les segments intermédiaires ont stagné. En parallèle, les marques à bas prix affichent des croissances à deux chiffres grâce à une promesse claire : la mise à disposition d’un objet fonctionnel et non d’un totem technologique.
Cette dynamique semble faire écho à la fragmentation croissante de nos sociétés. D’un côté, une minorité qui s’offre des véhicules haut de gamme toujours plus technologiques et personnalisés. Et de l’autre, une majorité contrainte à optimiser son budget et qui ne peut envisager la mobilité que par des voitures simples, efficaces, certes parfois rustiques, mais aussi il faut le dire souvent bien pensées.
Le pick-up caméléon
Dans ce contexte, la proposition de Slate Auto tranche. Le modèle de base est un pick-up deux places peut évoluer en SUV cinq places avec des options comme une banquette arrière, un système d’infodivertissement ou encore des pare-chocs renforcés. Et le tout pour un prix défiant toute concurrence : moins de 20.000 dollars, incitations fiscales comprises. Certes, ces aides d’État américaines risquent de s’éteindre, mais le cas échéant, les prix n'exploseraient pas littéralement puisque Slate indique qu’il tournerait alors plus autour des 25.000 dollars, soit encore moins que la Renault R5 E-Tech ou que la Citroën ë-C3 chez nous, censées être les voitures électriques abordables du moment.
Le destin de Slate – et des autres constructeurs qui s’engouffreraient dans cette brèche – est-il déjà écrit ? Car les exemples d’échecs ne manquent pas. Dans un article du New York Times, l’économiste Mariana Mazzucato soulignait que « le marché automobile incarne désormais la tension entre innovation pour les riches et solutions pour les autres ». Mais on a envie d’y croire, car Slate joue une autre carte : celle de la sobriété utile, soit exactement l’approche qui, il y a un peu plus de 25 ans, a fait décoller Dacia comme une fusée.
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