L’Europe s’apprête à revoir sa copie. En effet, Bruxelles dévoilera le 10 décembre prochain un ensemble de mesures destiné à soutenir l’industrie automobile. Et ils ne s’en cachent pas : les constructeurs espèrent un assouplissement de la trajectoire vers le « zéro émission » prévu pour 2035. Car si la perspective d’une sortie du thermique à cette échéance semblait réaliste au départ, les derniers moins nous montrent que les délais ne sont en réalité pas tenables en raison d’un marché électrique pas aussi dynamique que prévu, mais aussi de la concurrence chinoise.
Adoptée en 2023, la règle imposant que toutes les nouvelles voitures soient zéro émission à partir de 2035 symbolisait alors la confiance dans une électrification rapide – quoi qu’à cette date, tous les signaux semblaient déjà passé au rouge à la suite de la crise de la Covid-19. Et ça s’est confirmé depuis : l’appétit des consommateurs plafonne et certaines marques plaident aujourd’hui pour laisser davantage de place aux carburants neutres en carbone, aux hybrides rechargeables ou même aux prolongateurs d’autonomie.
Ambitions revue pour Volkswagen, Porsche et BMW
Le contraste entre les ambitions initiales et les trajectoires actuelles est particulièrement visible chez les industriels allemands. Chez Volkswagen par exemple, la stratégie prévoyait autrefois six gigafactories de batteries totalisant 240 GWh et 70% de livraisons 100% électriques d’ici 2030. Mais le groupe a revu ses ambitions à la baisse et il n’en vise désormais plus que trois pour une capacité maximale réduite à 200 GWh. Plus révélateur encore : plus aucun objectif chiffré de ventes électriques n’est avancé. Sur les 9 premiers mois de 2025, les voitures électriques n’ont d’ailleurs représenté que 10,9% des livraisons.
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Idem chez Porsche qui visait plus de 80% de ventes électriques en 2030. Bien que mix de ventes d’électriques soit de 23,1%, le constructeur a entamé une vaste refonte qui remettra les véhicules thermiques et hybrides à l’honneur. Et ici non plus, plus question de s’essayer à des prévisions de ventes de voitures à accumulateur.
Plus courageux, BMW maintient officiellement son objectif de 50% de ventes mondiales électriques en 2030. Mais dans le même temps, le constructeur reconnaît que celle-ci reste incertaine et qu’elle dépendra de la demande réelle... Pour avoir le temps de se retourner, la marque de Munich envisage d’intégrer des prolongateurs d’autonomie sur certains futurs modèles.
Mercedes, Renault et Stellantis pragmatiques
Chez Mercedes-Benz, la marche arrière par contre très nette. Le constructeur, qui promettait un passage au tout-électrique « là où le marché le permet » en 2030, estime désormais que les moteurs thermiques resteront indispensables au-delà de cette date. Ses modèles électriques ne représentent d’ailleurs que 8,8 % des ventes, ce qui forcément pousse à changer d’approche.
À l’inverse, Renault conserve une stratégie plus volontariste : après avoir un temps visé le 100% électrique dès 2030, le groupe s’est recalé sur un objectif totalement électrique en 2035. Sa part de véhicules électriques atteint aujourd’hui 12,7 %, mais elle devrait se renforcer rapidement grâce à la R4, la R5 et bientôt à la nouvelle Twingo électrique promise à moins de 20.000 euros.
Le cas de Stellantis illustre aussi les incertitudes du secteur. Le groupe a prévu de revoir complètement sa stratégie en 2026, mais plus question aujourd’hui de viser le tout électrique en 2030. A l’inverse, certains autres constructeurs continuent de croire à l’électrique. Comme Volvo. La marque a certes abandonné l’objectif du 100% électrique en 2030, mais il vise néanmoins un mix très élevé de 90% qui inclura une part d’hybrides rechargeables qui sont finalement restées au catalogue au lieu de disparaître. Reste que Volvo possède un atout que les autres n’ont pas : son propriétaire chinois, Geely, l’épaule avec ses technologies électriques avancées.
Une demande réelle encore hésitante
Dans l’absolu, le marché européen des voitures électriques progresse : 16% de part de marché sur les dix premiers mois de l’année 2025, contre 13% un an plus tôt. Cela dit, ce rythme reste insuffisant pour compenser les ambitions initiales. Les inquiétudes liées à l’autonomie, au manque de bornes et aux prix de l’électricité continuent de freiner les acheteurs. Il faudra maintenant voir si les aménagements législatifs de Bruxelles feront figure de compromis ou si, au contraire, ils forceront le passage au tout électrique en 2035. Si cette dernière option devait s’imposer, il y a fort à parier que le secteur automobile se transformerait en champ de bataille, avec des blessés et des morts...
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