L’ASBL AJBA (Association Journalistes belges automobiles) a interrogé automobilistes et motocyclistes sur leur perception des phares LED utilisés en circulation, que ce soit de nuit ou de jour. Les résultats sont interpellant : 56,3% des répondants affirment être gênés lorsqu’ils croisent un véhicule équipé de feux LED. À l’inverse, 20,3% se disent peu dérangés et 15,6% ne ressentent aucune gêne particulière.
La tendance se confirme lorsqu’il est question d’une éventuelle limitation : 57,8% des participants souhaiteraient que les véhicules croisés utilisent des phares moins brillants ou éblouissants. L’éclairage LED qui est pourtant devenu la norme sur tous les modèles récents suscite donc un malaise.
Le paradoxe des LED « chez les autres »
L’enquête met pourtant en lumière une surprenante contradiction. Si les LED des autres dérangent, celles que l’on possède engendrent de la satisfaction. Ainsi, parmi les conducteurs dont le véhicule est équipé de cette technologie, 60,9% déclarent apprécier leurs propres phares. Pour 17,2%, la différence est neutre et seuls 9,4% expriment une opinion négative.
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Ce décalage illustre un phénomène bien connu en matière d’équipements : ce qui améliore son propre confort est souvent perçu comme excessif lorsqu’on le subit. La blancheur intense et la portée accrue des optiques LED sont valorisées du point de vue du conducteur équipé, mais ces caractéristiques sont ressenties comme agressives en situation de croisement.
Un échantillon marqué par l’âge
L’interprétation des résultats impose cependant une certaine prudence. L’échantillon de l’AJBA est très majoritairement composé de conducteurs âgés. Les personnes de 65 à 75 ans représentent 40,6% des répondants. Celles âgées de 55 à 65 ans comptent pour 23,4% tandis que les plus de 75 ans constituent encore 21,9% du panel. Autrement dit, plus de 85% des participants ont plus de 55 ans. Les moins de 45 ans sont donc faiblement représentés.
Cette répartition générationnelle de l’échantillon n’est pas anodine. La physiologie de l’œil évolue avec l’âge : la pupille tend à se contracter davantage et laisse passer moins de lumière tandis que le cristallin perd en transparence et diffuse plus fortement les sources lumineuses. Cette diffusion accroît la sensibilité à l’éblouissement, en particulier lors de la conduite nocturne. Une lumière blanche froide et intense, typique des LED modernes, peut donc apparaître nettement plus agressive pour un conducteur de 70 ans que pour un automobiliste plus jeune.
Un écart technique difficile à ignorer
Les caractéristiques techniques contribuent également à la perception du phénomène. Les LED mentionnées dans l’enquête affichent une température de couleur comprise entre 6.000 et 8.000 Kelvins et ces lampes produisent de ce fait une lumière blanche froide très marquée. Les ampoules halogènes H4 traditionnelles se situent autour de 3.000 à 3.200 Kelvin avec une tonalité bien plus chaude.
Le différentiel de flux lumineux est tout aussi significatif : environ 8.000 lumens pour les LED citées contre 1.000 lumens en feux de croisement et 1.650 lumen en feux de route pour une H4 classique. La consommation électrique reste comparable : entre 55 et 60 watts. Cette intensité accrue, combinée à une signature lumineuse plus blanche (et plus proche de la lumière du jour), augmente la sensation de luminosité et peut amplifier les phénomènes d’éblouissement si le faisceau n’est pas parfaitement maîtrisé.
Un phénomène confirmé
Les résultats belges ne sont pas isolés. Au Royaume-Uni, une étude commandée par le Department for Transport et réalisée par le TRL auprès d’environ 1.850 conducteurs représentatifs montre que la perception de gêne liée aux phares modernes est largement répandue. Une très grande majorité des répondants estime que certains phares sont trop brillants et déclare être régulièrement distraite par les véhicules venant en sens inverse. Une part notable des conducteurs affirme même avoir réduit ou évité la conduite de nuit en raison de cette luminosité jugée excessive. L’étude montre aussi que les conducteurs plus âgés figurent parmi les plus susceptibles de limiter leurs déplacements nocturnes pour cette raison.
En Belgique, une autre étude menée par Touring et l’ADAC révélait que 34% des Belges déclaraient être régulièrement éblouis par les phares des autres véhicules : 20% des personnes interrogées évoquaient un stress important et 18% affirmaient avoir déjà renoncé à conduire dans l’obscurité en raison de ces éblouissements. Le problème ne se limite pas aux voitures. Les feux de route mal utilisés concentrent 77% des plaintes, mais les feux de croisement sont également cités dans 27% des cas. Plus surprenant encore : 17% des répondants pointent l’éclairage des vélos électriques, souvent puissant et très mal orienté. Rappelons d’ailleurs que près de 400.000 véhicules sont recalés chaque année au contrôle technique en Belgique pour un mauvais réglage des phares.
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Une question de réglementation ?
Il faut rappeler que, comme tous les systèmes d’éclairage, les feux LED doivent être correctement réglés. Un faisceau mal orienté peut accentuer l’éblouissement, même si la puissance respecte les normes.
La question intéresse d’ailleurs les instances européennes. Des travaux sont en cours pour examiner l’impact de l’éblouissement et évaluer l’adaptation éventuelle des normes photométriques. Pas de panique : il ne s’agit pas de réduire l’efficacité des phares LED, mais d’encadrer plus précisément leur dispersion lumineuse en situation réelle. Il y a d’ailleurs fort à parier que d’autres technologies, comme l’intelligence artificielle, pourront être bénéfiques au pilotage des optiques à diodes.
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