L’essentiel de l’info :
L’Excellence est la seule quatre portes de toute l’histoire de Facel : une limousine française sans montant central, à portes arrière antagonistes
Environ 160 exemplaires produits entre 1958 et 1964
Sa cote descend, ce qui en fait l’une des Facel V8 les plus accessibles
La société Facel, pour Forges et Ateliers de Construction d’Eure-et-Loir, naît en décembre 1939 pour fournir l’aéronautique militaire. Après la guerre, Jean Daninos, un gentleman français mais à l’élégance toute britannique, la reconvertit dans l’emboutissage des carrosseries pour les marques automobiles. En 1954, il saute le pas, crée sa propre marque et entend donner naissance à la Bentley française, mais en version plus épicée… La première Facel Vega fut la FV et son relatif succès incita son créateur à poursuivre l’aventure, avec des machines toujours plus puissantes et opulentes !
Une limousine française comme on n’en fait (vraiment) plus !
C’est ainsi que naquit la berline, l’Excellence. Dévoilée au Salon de Paris 1956, on l’a dite destinée à concurrencer les Rolls et à séduire l’Élysée… Si le premier pari peut être largement débattu, il faut bien avouer que l’opulente française a raté sa deuxième cible… Il faudra d’ailleurs attendre deux ans avant que les premiers exemplaires ne soient livrés. Mais l’attente est largement récompensée : dès le printemps 1958, l’Excellence déroule toute sa superbe sur la route : 5,23 mètres, des portes arrière antagonistes et un gros V8 Chrysler sous le capot. À propos des États-Unis, il faut bien reconnaître que le style à la fois élancé et luxuriant rappelle les Cadillac de l’époque, mais avec un chic français fort à propos. Bref, ça en jette, tout en restant très distingué !
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Et puis, il y a l’habitacle, tellement plus chic que tout ce que l’on voit ailleurs, à part peut-être outre-Manche : du bois, du chrome et des cadrans Jaeger d’une folle élégance ! Toutefois, détail croustillant, si la planche de bord semble être en ronce de noyer, il s’agit en fait d’une… tôle peinte à la main, imitation bois ! Quel talent !
Un gros V8 américain pour transporter 2,2 tonnes
Techniquement, la Facel envoie du lourd : V8 de 5,9 à 6,4 litres, jusqu’à 375 chevaux (un chiffre à prendre avec de très grosses pincettes), boîte automatique à 3 rapports dans l’immense majorité des cas et jusqu’à 215 km/h ! Pour l’époque et pour le… pays d’origine, c’est tout bonnement hallucinant ! Bien entendu, le prix est à la hauteur des événements : la voiture aurait coûté le prix de… 4 Citroën DS !
Tout n’est pas rose pour autant !
Si les performances sont dignes des meilleures sportives de l’époque, le comportement routier, lui, accuse sérieusement le coup ! Oubliez la fiche technique qui annonce moins de deux tonnes : dans la réalité, l’engin accuse 200 kg de plus ! Le comportement ? Pataud, voire flou, avec un rayon de braquage de pétrolier. Demandez à ceux qui ont eu la chance de se glisser derrière le volant s’ils envisageraient une descente de col au volant du mastodonte français ! Et puis, histoire d’ajouter un peu de fantaisie, il y a les loquets de verrouillage des portes, sous-dimensionnés : en virage, les portes ont la… fâcheuse tendance à s’ouvrir ! Inconvenant, n’est-ce pas ?
Une triste fin
L’Excellence aura séduit quelques figures prestigieuses, allant du roi Hassan II du Maroc à… Ava Gardner ! Que du beau monde, mais cela ne suffit toutefois pas. Facel tentera bien une seconde mouture avec un style révisé et un V8 de 6,2 litres, mais seuls 8 exemplaires trouveront preneurs. La voiture se vend mal (moins de 170 exemplaires au total), tandis que les finances de la marque sont mises à mal par la petite Facellia et son 4 cylindres maison facétieux qui fait exploser les coûts de garantie. En octobre 1964, la dernière marque française de très grand luxe est liquidée.
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Bon à savoir avant d’acheter
D’abord, il faut en trouver une, car évidemment, les annonces se font rares… Et puis, il faut prévoir un budget : s’il s’agit de l’une des Facel V8 les plus abordables, avec une cote à la baisse comme pour beaucoup de voitures de cette époque, sachez qu’on parle tout de même d’environ 150.000 euros…
À l’entretien, c’est à la fois simple et infernal : pour le V8 et la boîte auto, tout se trouve à prix raisonnable. Mais pour toutes les pièces spécifiques, c’est une tout autre limonade, car bien entendu, il s’agit d’une carrosserie faite à la main, avec quasiment aucune pièce de rechange ! L’adhésion au très dynamique club de la marque, l’Amicale Facel Vega, est incontournable pour vos recherches, d’autant que les spécialistes sont rarissimes, y compris à l’échelle de la planète ! Enfin, et vous l’aurez deviné, la consommation est gargantuesque, mais vu le très faible kilométrage parcouru par ces autos, ce ne sera sans doute pas votre premier problème…
On craque ?
C’est une lapalissade et vous nous excuserez d’avance : la Facel Vega Excellence n’est certainement pas pour tout le monde ! Entre le budget colossal, la fabrication artisanale (avec tout ce que cela suppose), l’encombrement et le comportement lourdaud, il y a là de quoi ébranler pas mal de motivés… Mais quelle pièce exceptionnelle, un morceau d’histoire unique en son genre !
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