C’est un record absolu dans le monde de l’entreprise : environ 75% des actionnaires de Tesla ont validé un plan permettant à Elon Musk de percevoir jusqu’à 1.000 milliards de dollars (925 milliards d’euros) au cours de la prochaine décennie. Et forcément, ce pacte lie sa rémunération à des objectifs de performance et de capitalisation boursière plus qu’ambitieux.
Pour toucher la totalité de cette somme, le patron de Tesla devra faire passer la valeur de l’entreprise de 1,4 billion de dollars (1,29 milliard d’euros) à 8,5 billions (7,86 milliards d’euros), tout en atteignant une production cumulée de 20 millions de véhicules – soit plus du double de tout ce que Tesla a produit depuis sa création. Autant dire qu’il y a du challenge dans l’air...
Des objectifs hors normes
La feuille de route du constructeur ne s’arrête pas aux voitures. Elon Musk devra aussi concrétiser ses ambitions dans l’intelligence artificielle. Les conditions du plan incluent la mise en service d’un million de taxis autonomes (les fameux « Robotaxis »), la vente d’un million de robots humanoïdes Optimus et l’obtention de dix millions d’abonnements au logiciel de conduite autonome FSD (Full Self Driving).
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La rémunération se fera en actions, attribuées par tranches successives, pouvant faire passer la participation de Musk dans le capital de Tesla de 13% à près de 29% d’ici dix ans. Un renforcement qui consoliderait son contrôle sur l’entreprise qu’il dirige depuis deux décennies.
Un pari risqué pour Tesla
Ce vote massif en faveur de Musk intervient alors que Tesla traverse une période de turbulence. Les ventes sont en net recul sur plusieurs marchés clés malgré la refonte des Model 3 et Model Y ainsi que l’introduction d’un Model Y bon marché. Les marges fondent sous l’effet des baisses de prix temporaires, tandis que la concurrence s’intensifie, autant du côté des constructeurs historiques que des jeunes marques chinoises. En Europe, selon Reuters, les immatriculations ont chuté en octobre de 89% en Suède, de 86% au Danemark, de 50% en Norvège et de 31% en Espagne par rapport au mois précédent. Le contraste est donc saisissant avec la dynamique du marché électrique européen qui a bondi de +119% durant la même période.
Parallèlement, c’est la déception autour du Cybertruck, dont l’accueil commercial reste timide malgré un fort engouement médiatique. Et cela illustre la difficulté de Tesla à maintenir son avance. Par ailleurs, plusieurs enquêtes et actions en justice visent le constructeur pour des accidents impliquant ses systèmes d’aide à la conduite. Pas vraiment le tableau idyllique...
Les actionnaires misent sur l’IA
Malgré ces vents contraires, les investisseurs ont choisi de renouveler leur confiance à Elon Musk. La clé de ce pari ? La conviction que lui seul peut faire de Tesla une entreprise d’intelligence artificielle autant qu’un constructeur automobile.
Les projets de Robotaxis et de robots humanoïdes promettent de redéfinir la mobilité et la productivité. Si Musk parvient à tenir ses promesses, Tesla pourrait devenir bien plus qu’un fabricant de véhicules électriques, en l’occurrence un acteur central de la révolution technologique.
Vers une « Tesla Terafab »
Lors de l’assemblée générale du 6 novembre, Elon Musk a évoqué un nouveau pan de cette stratégie : la production de ses propres puces d’intelligence artificielle. Le dirigeant a annoncé que Tesla pourrait être contrainte de construire « une gigantesque usine de semi-conducteurs » afin d’assurer la production de ses futurs processeurs destinés à la conduite autonome et aux robots.
Musk a même laissé entendre qu’une collaboration avec Intel était envisageable, sans qu’aucun accord n’ait été signé pour l’instant. Du pur Musk. Le constructeur américain, désormais soutenu à hauteur de 10% par le gouvernement des États-Unis, cherche justement à relancer son activité de fonderie et à concurrencer Nvidia, aujourd’hui archi-dominant dans le domaine des puces IA.
Des puces maison
Dans un monde idéal, le fait de fabriquer ses propres puces pourrait accélérer le développement de Tesla qui travaille par ailleurs actuellement à sa cinquième génération de processeur (AI5) après les séries de puces développées avec Samsung et TSMC. Les premières unités devraient voir le jour en 2026, avec une montée en cadence prévue pour 2027. Musk promet déjà un saut d’efficacité majeur : une consommation d’énergie réduite d’un tiers par rapport à la puce Nvidia Blackwell et un coût de fabrication de seulement 10% par rapport à son concurrent.
Le milliardaire se dit « obsédé par les puces ». À terme, une usine Tesla capable de produire plus de 100.000 plaquettes de silicium par mois – ce que Musk surnomme une « Terafab » – permettrait de sécuriser la chaîne d’approvisionnement et de réduire la dépendance vis-à-vis des partenaires asiatiques.
Globalement, l’enjeu est immense et il est difficile de ne pas considérer que cela part un peu dans tous les sens. En outre, il ne faut pas oublier que si ces objectifs ne sont pas atteints, l’accord pourrait sérieusement fragiliser Tesla financièrement, voire précipiter l’entreprise vers sa fin. Musk n’a jamais manqué d’ambitions, mais reste à savoir s’il ne dépasse pas ici ses limites...
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