Il faudrait, pour comprendre ce que Xiaomi vient d'annoncer au Salon de Pékin, remonter aux années 1990. Kia et Hyundai, alors perçus comme des constructeurs sans envergure, avaient commencé à recruter discrètement des ingénieurs européens, que ce soit chez Audi, chez Volkswagen ou chez BMW. Quelques années plus tard, le manufacturier de pneumatiques Hankook a suivi la même logique avec des cadres issus de Continental pour monter en gamme sur les gommes et arriver au Graal : l’homologation constructeur (OEM).
Ces marques n'ont pas attendu d'être prêtes pour accélérer. Elles sont allées chercher ce qu'elles n'avaient pas, là où elle pouvait le trouver. Or, trente ans plus tard, les Kia ou les Hyundai sont parfaitement comparables aux meilleurs produits européens. Mieux : elles se vendent même beaucoup mieux ailleurs, notamment aux États-Unis. On ne peut pas dire que la méthode n'a pas fonctionné.
Et le Chinois Xiaomi l’a bien compris. Car c'est exactement ce qu’elle fait en ouvrant un centre de recherche et développement à Munich, avec une cinquantaine d'ingénieurs recrutés chez BMW, Porsche, Lamborghini, Mercedes-Benz et Rolls-Royce. L'annonce a été faite par Lei Jun en personne, fondateur et CEO de Xiaomi, depuis le Salon de Pékin. Ce centre qui ouvrira déjà en 2027 n'est pas une antenne en vue de mieux d’adapter à l’Europe, comme MG vient de l’annoncer. C'est au contraire un outil de domination mondiale. La nuance est essentielle.
Xiaomi opens European R&D center in Munich
— DriveGreenLiveGreen (@DriveGreen80167) April 26, 2026
The Chinese EV maker has established its first overseas R&D and design center in Munich, Germany, with around 50 staff. The team is led by veterans from BMW, Porsche, Lamborghini, Mercedes-Benz, and Rolls-Royce, focusing on… https://t.co/9gVQdJcqsz pic.twitter.com/BOdJDMbz8z
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Le fief, exprès
Parmi les onze profils clés annoncés, les CV parlent d'eux-mêmes. Rudolf Dittrich, directeur général du centre, sort du programme BMW M4 GT3. Fabian Schmölz-Obermeier a travaillé sur la Porsche 992 GT3 RS et la Lamborghini Temerario. Dusan Sarac vient du développement du Rolls-Royce Cullinan. Kai Langer, responsable expérience utilisateur, a contribué à la BMW i8.
En outre, l'implantation à Munich ne doit rien au hasard : BMW y a ses racines et Audi est à Ingolstadt à 90 km de là. Porsche à est moins de deux heures de route – et pas à 200 km/h. La capitale bavaroise est le cœur battant du premium mondial avec son réseau dense de sous-traitants spécialisés, ses universités techniques de rang mondial, son vivier d'ingénieurs formés par les meilleurs. Rester sur place facilite aussi les recrutements futurs. S'y installer, c’est se donner l’occasion d’accélérer. Et c'est aussi un pied de nez aux maisons dont ces hommes sont issus.
Au-delà
Avec 400.000 voitures livrées en Chine l'an dernier et 550.000 visées pour 2026 pour seulement trois modèles au catalogue, Xiaomi démontre une croissance fulgurante. Mais désormais, le constructeur semble adopter une approche différente de celle de ses pairs.
En effet, la marque s'est construite jusqu'ici sur le modèle de la voiture-logiciel, soit une intégration verticale poussée et un OS propriétaire (l’HyperOS). C’est une approche qui a séduit des centaines de milliers d'acheteurs en Chine. Mais les profils réunis à Munich semblent signaler une ambition différente.
Ainsi, Claus-Dieter Groll, responsable de la dynamique véhicule, a travaillé sur la BMW 3 Series, la X5 et la X7. Simon Schmitt vient des programmes GT de BMW, soit l'aérodynamique de compétition. Il semble évident que ces disciplines (la dynamique, le châssis, l’aérodynamique, le ressenti au volant) ne s'apprennent pas dans un datacenter. Elles se transmettent, se raffinent sur des décennies d'expérience accumulée. C’est peut-être là que Xiaomi veut aller. L’avenir nous le dira.
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