La remarque est au moins aussi symbolique que le doigt d’honneur (littéralement) adressé par Donald Trump aux ouvriers de Ford lors de sa visite dans une usine en janvier dernier. Cette fois, le président américain a évoqué Bill Ford (président exécutif de Ford Motor Company) en expliquant que « il m’appelle tout le temps pour savoir si on peut se débarrasser de ces saletés environnementales ». En clair : l’industriel attend que Trump assouplisse les règles environnementales.
Il faut dire Bill Ford a fait que font la plupart des responsables politiques et des dirigeants d’entreprise lorsqu’ils reçoivent l’homme à la coiffure blonde : l’amadouer avec un cadeau. En l’occurrence, Trump a reçu pick-up spécialement construit et décoré pour lui.
Trump a donné le change et il a multiplié les compliments et les superlatifs lors d’un bref point presse. Ford ne s’est jamais aussi bien porté, a-t-il affirmé, et la marque construit à nouveau de nouvelles usines aux États-Unis. Encore un mensonge, car Bill Ford et son CEO, Jim Farley, se sont regardés un peu incrédule ne se posant la question de savoir de quelles usines le président parlait.
La scène nous a rappelé une autre conférence de presse intervenue quelques mois plus tôt dans le Bureau ovale et durant laquelle Trump lâchait ses habituelles approximations sous le regard des grands patrons de l’industrie. Sourcils froncés, regards interloqués, grimaces embarrassées : le spectacle était grandiose – si on peut dire... Pourtant, Trump – qui ne comprend rien (peut-être sciemment) au lien entre émissions de gaz à effet de serre et changement climatique – leur rend pourtant un grand service en démantelant les réglementations environnementales et les normes CO₂ mises en place par un de ses prédécesseurs, Barack Obama. Du moins à court terme.
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Besoin de stabilité
En supprimant également les aides à l’achat pour les véhicules électriques, le vent de l’industrie automobile américaine a donc tourné en faveur des bons vieux V8 et des pick-up énergivores. Et le secteur s’en réjouit, car ces modèles génèrent des marges bien plus élevées que les véhicules électriques.
Mais ce virage a un prix. Ensemble, les constructeurs américains ont récemment dû amortir de manière anticipée environ 50 milliards de dollars (42 milliards d’euros) d’investissements engagés dans des usines de batteries, des plateformes électriques et des projets liés à l’électrification. C’est là le coût d’une politique instable alors que l’industrie a besoin de visibilité pour investir sur le long terme.
Reste à savoir si l’administration Trump rend réellement service à ses « Big Three ». Alors que les deux autres grands marchés mondiaux, l’Union européenne et, surtout, la Chine, avancent dans le processus l’électrification des véhicules, les États-Unis reviennent à des technologies du XXe siècle.
Certes, les réserves pétrolières américaines permettront de soutenir cette stratégie pendant un certain temps, au moins sur le marché intérieur. Car ailleurs dans le monde, peu d’automobilistes achètent encore des voitures américaines qui étaient autrefois fortement demandées. Et cette tendance ne date pas d’hier : à l’échelle mondiale, les Big Three ne représentent plus qu’environ 13% du marché.
L’argent facile
Même sur leur marché intérieur, les trois géants de Detroit n’ont jamais été aussi fragiles. En 2025, seuls 38% des acheteurs américains ont choisi un véhicule de l’un d’eux. Les autres se sont tournés vers la concurrence, principalement japonaise ou sud-coréenne.
Ce basculement a commencé il y a un demi-siècle, déjà dans un contexte de tensions géopolitiques et de flambée des prix du pétrole. A l’époque, le prix du gallon avait été multiplié par quatre. C’est alors que les automobilistes américains ont pris conscience de la consommation gargantuesque de leurs Chevy, Lincoln ou autres Chrysler. Les constructeurs japonais – Toyota et Honda en tête – avaient sauté sur l’occasion en proposant des voitures nettement plus sobres et, de surcroît, plus fiables.
Aujourd’hui, les gammes de voitures américaines et asiatiques sont plus proches. Les Big Three ont amélioré la qualité de fabrication et proposent désormais eux aussi des modèles hybrides. Les constructeurs japonais et sud-coréens se sont eux aussi adaptés : ils produisent sur place de grands pick-up, des SUV de toutes les tailles et d’imposantes berlines.
Le revirement de Donald Trump s’inscrit en réalité dans la continuité d’une politique surannée qui consiste à imposer le moins de contraintes possible au secteur automobile. À Detroit, on a longtemps encaissé les bénéfices faciles, mais la profusion de dollars n’a que mieux caché le piège.
Le jour où les Américains – que ce soit dans la première partie de ce siècle ou plus tard – décideront à leur tour de passer à la technologie de la voiture électrique, il ne serait pas surprenant que Chevrolet, Cadillac, Ford, Chrysler, Jeep, Dodge et RAM ne soient plus de la partie.
Des joint-ventures avec la Chine
Mais il n’y a pas de fumée sans feu : peu après la visite de Trump dans les installations de Ford, Jim Farley, CEO de la marque, a évoqué la possibilité de créer des joint-ventures avec des constructeurs chinois pour produire des véhicules électriques aux États-Unis. Il y a des signes qui ne trompent pas. Certes, c’est l’avenir qui le dira, mais il n’est pas impossible que le fameux slogan « America First » se transformer en « America Last »...
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