Depuis plusieurs années, on annonce la déferlante de voitures chinoises. L’Europe devait être envahie et des marques comme BYD, Xpeng ou Zeekr semblaient prêtes à conquérir nos routes avec des voitures électriques à la pointe de la technologie et aux prix défiant toute concurrence. Pourtant et même si les ventes augmentent chaque année, les parts de marché des marques chinoises restent modestes : autour de 2,4% en Belgique en 2024 (11.000 unités). Les observateurs expliquent cette situation par les obstacles réglementaires et structurels : les barrières douanières européennes, les normes d’homologation strictes et un réseau de distribution embryonnaire.
Cela dit, derrière ces difficultés logistiques, il en existe d’autres et qui sont liées au produit lui-même. Car la promesse faite par les marques chinoises en matière de performances et d’innovation masque aussi une série de défauts structurels. Traduisons notre réflexion par du concret.
La sophistication a oublié l’usage
Sur le papier, les véhicules chinois brillent : aides à la conduite ultramodernes, interfaces bardées de fonctionnalités, gadgets en tout genre… Mais dans la pratique, ces avancées virent parfois à l’excès. Les ADAS (systèmes avancés d’assistance à la conduite) sont souvent trop intrusifs. Ils sont aussi imprécis en milieu urbain et rendent la conduite plus stressante que fluide. En outre, au-delà des écrans parfois gigantesques qui trônent sur les planches de bord, la réalité est aussi moins séduisante lorsqu’ils sont allumés. Car ils affichent souvent des logiques ergonomiques déroutantes. Il faut par exemple neuf manipulations pour désactiver le maintien de la voie sur la BYD Seal.
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Idem pour les traductions des menus et fonctionnalités qui sont pour le moins approximatives, ce qui témoigne clairement d’un manque de maturité dans la conception orientée utilisateur. La philosophie chinoise du tout numérique séduit les technophiles, mais elle désoriente en réalité une large partie des conducteurs européens. Loin d’être une rupture, ces choix rappellent plutôt les débuts maladroits de certains pionniers de l’électromobilité.
De nombreux observateurs sont unanimes : les designers chinois ont un beau coup de patte. Les lignes de ces véhicules sont souvent fluides et modernes. Les silhouettes des voitures chinoises sont en rupture avec ce qui se fait et ça plaît... Sauf à l’usage. Car alors qu’une berline européenne électrique va offrir entre 450 et 500 litres de coffre, les modèles chinois se limitent souvent à 300. Pourquoi ? Car la priorité est donnée à l’espace dévolu aux passagers arrière, ce qui reste incompris (et surtout pas pratique) chez nous.
Valeur résiduelle et réparabilité
À l’achat, une voiture chinoise peut sembler irrésistible. Mais à la revente, l’addition peut par contre être salée. Car la valeur résiduelle des voitures chinoises reste clairement en deçà de celles des véhicules des marques européennes, un signal clair du manque de confiance du marché. Ce scepticisme se retrouve aussi dans les primes d’assurance, généralement plus élevées, car les assureurs manquent pour leur part de données fiables sur la réparabilité de ces véhicules, souvent construits avec des éléments peu ou pas démontables.
Et le tableau se noircit encore lorsqu’on parle d’entretien. Faute de réseau dense et structuré, les réparations peuvent s’avérer compliquées, voire parfois impossibles, en raison de pièces détachées moins disponibles qui viennent souvent de Chine, ce qui allonge les délais. En cela, l’approche des constructeurs chinois est radicalement opposée à celui des marques européennes et occidentales : il semble avoir chez les Chinois une approche de consommation et une logique de remplacement – que nous avons connue à une certaine époque, il est vrai –, mais peu compatible avec la réalité d’aujourd’hui.
Données personnelles en danger ?
Les voitures chinoises soulèvent de sérieuses inquiétudes quant aux données personnelles, à la fois pour leur collecte et leur utilisation. Ce sujet revient régulièrement sur la table. Mais quelle preuve a-t-on que les règles du RGPD sont respectées. TikTok et d’autres services chinois sont souvent épinglés pour leur manque de transparence. Ce flou technologique alimente bien entendu aussi les réticences, spécialement dans un climat géopolitique tendu.
Sur le plan écologique aussi, le vernis s’écaille. Produire à bas coût implique souvent des concessions sur la recyclabilité. Certaines batteries, intégrées de manière indémontable, ne peuvent ni être réparées ni recyclées efficacement. Une contradiction majeure avec les objectifs de durabilité affichés par l’Europe.
Face à ce tableau, faut-il enterrer l’innovation chinoise ? Certainement pas. Ces véhicules ont le mérite de bousculer l’industrie, de stimuler l’innovation et de faire pression sur les prix. Mais les constructeurs européens devraient exploiter ces failles et tirer parti de leurs forces, notamment dans ces domaines de l’expérience utilisateur, de la qualité perçue ou du service après-vente. Car ces critères comptent vraiment pour les automobilistes. Parce que non, la bataille électrique ne se jouera pas que sur le terrain des gadgets...
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