La recharge bidirectionnelle ? Presque tout le monde en a entendu parler... mais sans vraiment savoir ce que cela signifie si ce n’est que ça concerne les voitures électriques et que c’est pour bientôt. En réalité, tout tient dans le sens du courant. Une voiture électrique classique ne fait que consommer de l'électricité, mais la recharge bidirectionnelle inverse la logique en permettant à la batterie de la restituer pendant un certain temps.
Concrètement, on distingue deux usages de cette recharge : il y a le V2H, pour vehicle-to-home qui renvoie l'énergie stockée vers le logement, un peu comme le ferait une batterie domestique tandis que le V2G (pour vehicle-to-grid) va plus loin en réinjectant cette électricité sur le réseau public, contre rémunération. Dans les deux cas, le principe reste le même : on charge la voiture quand l'électricité est bon marché et on la vide quand elle vaut plus cher. La voiture cesse alors d'être une charge sur la facture pour devenir un petit acteur du marché de l'énergie. Rien que ça !
Le mouvement est déjà lancé chez les constructeurs. Au Royaume-Uni, BYD et le fournisseur Octopus Energy ont lancé un pack tout compris autour de la Dolphin avec la voiture en leasing, une borne bidirectionnelle et un tarif intelligent inclus. Le principe : le client branche sa voiture chaque soir et sa recharge devient gratuite en échange de la disponibilité de sa batterie pour le réseau. À la clé, jusqu'à 620 livres Sterling d'économies annuelles promises par Octopus (environ 725 euros). Mais le Chinois n’est pas le seul. Renault fait de la compatibilité V2G un standard sur toute sa gamme via la 5 E-Tech et Volkswagen lance cette année en Allemagne une offre V2G complète via sa filiale énergie Elli, avant de l'étendre à d'autres pays européens. De son côté, BMW propose un forfait similaire sur l'iX3, Volvo équipe déjà l'EX90, l'ES90 et l'EX60 du matériel nécessaire.
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Un surcoût minime
On pourrait croire qu'une telle technologie exige une installation coûteuse. Dans les faits, la quasi-totalité des systèmes déployés à domicile fonctionnent en courant alternatif, où c'est l'onduleur de bord du véhicule qui assure la conversion entre courant continu et courant alternatif, pas la borne murale. Le surcoût matériel se limite alors à quelques composants de communication et de comptage, ce qui coûte autour d’une centaine d'euros par borne selon Strategy&, la filiale conseil de PwC. Une installation complète en courant alternatif se négocie généralement entre 1.500 et 2.500 euros posée, contre 800 à 1.500 euros pour une wallbox classique. La différence n’est donc pas énorme. Les systèmes plus ambitieux, avec onduleur intégré à la borne plutôt qu'au véhicule, existent bel et bien, mais restent une application technique spécifique. Elle coûte bien plus cher (entre 4.000 et 8.000 euros), mais elle est sans application domestique pour l'automobiliste belge.
Un chiffre précis
Mais combien peut-on espérer économiser avec cette recharge bidirectionnelle ? C'est là que l'étude Garage Goldmine publiée fin mai par Strategy& et l'institut allemand Fraunhofer ISI apporte des réponses. Sur un parc européen équipé, la technologie génèrerait en moyenne 440 euros de revenu annuel par voiture. Cette somme vient de trois sources : la revente de l'électricité stockée au moment où elle se paie plus cher, une rémunération versée par les gestionnaires de réseau pour la disponibilité de la batterie, et les économies réalisées en évitant d'acheter de l'électricité cher à la maison.
Cette économie permettrait donc d’amortir le matériel dès la première année, selon les auteurs. Bien entendu, ce montant reste une moyenne continentale et pas une promesse individuelle : le résultat dépend du contrat d'énergie souscrit et de la capacité du réseau local à valoriser cette flexibilité. Quid de la Belgique, alors ?
Et pour les Belges ?
Le potentiel belge de la recharge bidirectionnelle est aussi bien réel. Dans sa dernière étude d'adéquation et de flexibilité publiée pour la période 2026-2036, Elia, le gestionnaire du réseau de transport belge, évalue entre 350 et 500 millions d'euros par an les économies que le V2G des véhicules et d'autres formes de flexibilité (batteries domestiques, etc.) pourraient apporter au système électrique belge d'ici 2036. Il ne s'agit pas d'argent reversé aux automobilistes, mais d'investissements évités à l'échelle du pays, en capacité de production et en renforcement du réseau.
À l'échelle individuelle, les tarifs dynamiques, qui font varier le prix de l'électricité selon le moment de la journée, existent désormais dans les trois régions du pays. Encore faut-il disposer d'un compteur intelligent, condition sine qua non pour y accéder et qu'on peut demander gratuitement à son gestionnaire de réseau sans attendre son tour dans le calendrier de déploiement.
Ce qui bloque encore
Mais Elia pointe deux obstacles à la recharge bidirectionnelle en Belgique. D'une part, la plupart des bornes bidirectionnelles n'ont pas encore passé les tests de conformité du RGIE, le règlement électrique belge. Et cette certification est obligatoire. Sans elle, le déploiement restera bloqué même si le matériel existe. D'autre part, les règles fiscales belges ne sont pas encore adaptées aux flux bidirectionnels, notamment pour les voitures de société : renvoyer vers le réseau de l'électricité initialement payée par un employeur pourrait administrativement être requalifié en avantage en nature. Pour l’heure, la Belgique ne connaît que des projets pilotes.
Il faudra donc lever ces freins avant de voir le V2G se généraliser pour le grand public. Mais en attendant, un premier réflexe reste à la portée de tous : bien choisir l'heure de sa charge. Selon une étude du fabricant de bornes Easee, 57 % des automobilistes belges rechargent encore leur véhicule aux heures de pointe, ignorant les tarifs plus avantageux de la nuit ou de la mi-journée. Résultat, environ 135 euros perdus chaque année par voiture, soit 17,2 millions d'euros à l'échelle du pays. La recharge bidirectionnelle n'est donc pas la seule bataille à mener. Il y a aussi, plus simplement, celle du bon moment pour brancher son automobile...
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