Dans le paysage économique et régional belge, on imagine volontiers la Flandre plus riche, plus motorisée, capable d'aligner plusieurs voitures devant un pavillon quatre façades. La Wallonie, elle, traîne l'image inverse : plus rurale peut-être, mais aussi plus modeste sur le plan automobile. Mais est-ce vraiment le cas ? Les données Statbel les plus récentes, arrêtées à 2024, permettent de se faire une idée assez précise, commune par commune. Et la conclusion qui en découle surprend. L'écart entre les deux régions sur la part de ménages possédant trois voitures ou plus est minime. Elle atteint 6,29 % en Flandre contre 6,24 % en Wallonie, un différentiel qui n'a quasiment pas bougé depuis 2017. Mais l’écart est bel et bien là, mais pas du côté où on l’attend.
La carte sans frontière
En réalité, ce n’est pas par région qu’il faut penser, mais bien par commune. Et la réponse est évidente : si une commune roule à trois voitures quand sa voisine s'en tient à une seule parce que la première a un profil socio-économique différent. Ce n’est donc pas une question de frontière linguistique. Ainsi, Pepingen, petite commune du Brabant flamand, caracole en tête avec 14,3 % de ménages à trois voitures. Lasne, dans le Brabant wallon, n'est pas loin derrière tout comme Schilde, Sint-Martens-Latem, Keerbergen en Flandre ou Chaumont-Gistoux et Tinlot en Wallonie. Partout, c’est le même profil de commune périurbaine aisée qui truste les sommets du classement. À Bruxelles, même le meilleur élève, Woluwe-Saint-Pierre, plafonne à 3,7 %, suivi d'Uccle et de Watermael-Boitsfort.
Et à l'autre bout du classement, où les communes comptent le moins de voitures par ménage ? Là encore, la frontière linguistique ne joue aucun rôle, mais c'est la taille de la ville qui compte. Ainsi, en Flandre, ce sont les métropoles d’Anvers, de Gand, de Louvain et en Wallonie, celles de Liège et Charleroi. Les grandes villes se retrouvent tout en bas du classement des ménages à trois voitures, avec des taux qui plongent sous les 3 %. Et Bruxelles pousse cette logique encore plus loin, mais dans l'autre sens : ce n'est plus le nombre de voitures qui grimpe, c'est carrément leur absence. Plus d'un ménage sur deux dans la capitale ne possède aucun véhicule, contre un sur quatre en Wallonie et en Flandre. Mais ça s’explique évidemment : les transports en commun y sont plus denses, les distances plus courtes et, depuis quelques années, le stationnement est un vrai casse-tête.
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Question de génération
Reste une question qu'on n'a pas encore posée : qui sont, concrètement, ces ménages à trois voitures ? Ce sont des couples avec enfants cohabitants dont 14,2 % possèdent trois voitures ou plus. Chez les personnes seules, ce taux tombe à 0,5 %. L'écart dit l'essentiel : la troisième voiture du foyer n'est presque jamais un caprice, elle découle directement de la vie de famille. En Wallonie, les couples avec enfants atteignent même 16,1 %, contre 14,9 % en Flandre et 3,6 % seulement à Bruxelles. Le couple crée la deuxième voiture tandis que les enfants qui grandissent et passent le permis créent en réalité la troisième automobile du lieu.
Rarement du neuf
Une troisième voiture, c'est évidemment aussi un coût. Et ce coût, la plupart des familles ne le financent pas avec du neuf. La FEBIAC a déjà expliqué ce mécanisme : lorsqu'un couple ajoute une deuxième, puis une troisième voiture pour ses enfants, il se tourne presque toujours vers l'occasion. Une décision de bon sens, mais qui, répétée des milliers de fois à travers le pays, finit forcément aussi par peser sur l'ensemble du parc automobile belge.
Et le résultat se lit dans les chiffres : l'âge moyen des voitures en circulation en Belgique a franchi la barre symbolique des dix ans en 2024. Et la tendance s’est encore confirmée en 2025, en atteignant dix ans, trois mois et dix-neuf jours, contre sept ans et dix mois seulement en 2005. Le parc belge vieillit donc, année après année et les ménages multimotorisés y contribuent aussi. De surcroît, il y a une explication supplémentaire, plus conjoncturelle celle-là : les prix des véhicules neufs et récents ont grimpé de plus de 50 % en quatre ans. Beaucoup d'acheteurs n'ont tout simplement plus les moyens du neuf et se rabattent sur des occasions de plus en plus anciennes, faute d'alternative. Les deux logiques se combinent, celle de la famille qui s'agrandit et celle du portefeuille qui se resserre. Résultat, les occasions représentent aujourd'hui plus de six voitures immatriculées sur dix en Belgique.
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