Il y a trois ans, Ford a lancé une réorganisation à grande échelle avec comme devise de porter la qualité au rang de première préoccupation – Quality Comes First. Dans ce cadre, le constructeur avait installé 900 caméras intelligentes dans ses usines, toutes pilotées par intelligence artificielle. Celles-ci devaient signaler immédiatement les défauts de production ainsi que les problèmes détectés chez les fournisseurs. L’idée était que ces caméras allaient travailler plus vite et de manière plus précise que les ingénieurs qualité qui inspectaient jusque là les lignes d’assemblage.
« Barbes grises »
La réalité s'est avérée plus prosaïque. Ford reconnaît avoir estimé à tort que l'intelligence artificielle assurerait automatiquement un produit de haute qualité. Mais la marque reconnaît à présent avoir accordé trop peu de valeur au savoir-faire de ses ingénieurs les plus expérimentés. Mais l’intelligence artificielle ne se rapporte qu’à un programme et à celui qui l’a conçu. Autrement dit : la technologie peut compléter l’humain, mais elle ne peut manifestement pas encore les remplacer.
Les employés rappelés (appelés par Ford les « barbes grises ») doivent désormais remplir trois missions. Ils doivent rétablir le contrôle qualité, encadrer les ingénieurs plus jeunes et... entraîner valablement les systèmes d'IA. Leur expérience acquise au fil de nombreux cycles de production doit en effet encore être intégrée dans le logiciel. C'est une leçon d'humilité pour une entreprise qui, jusqu'il y a peu, pensait que l'intelligence artificielle allait remplacer la moitié des emplois, y compris dans les bureaux.
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Nombre record de rappels
Et il y avait urgence. En 2025, Ford a du effectuer plus de 152 rappels, soit près de 13 millions de véhicules. L’an dernier, il y a eu plus de rappels que chez les cinq plus grands constructeurs réunis. Les coûts ont été colossaux, dépassant plusieurs milliards de dollars. Et, comme il fallait s’y attendre, l’argent économisé sur les emplois a ensuite du été utilisé pour rembourser les bourdes de l’intelligence artificielle. Tu parles d’un progrès !
Chose étonnante toutefois : l’étude annuelle Initial Quality Study (IQS) de J.D.Power consacre Ford pour la première fois depuis 2010 comme meilleure marque généraliste. La marque est passée en trois ans de la quinzième place à la première position. « Beaucoup doutaient qu'une entreprise américaine puisse rivaliser avec les meilleurs au monde en matière de qualité », a déclaré le CEO Jim Farley. « Mais aujourd'hui, Ford est le maître étalon. » Il convient toutefois de préciser que l'IQS ne mesure pas la fiabilité mécanique, mais bien le confort d'utilisation ainsi que la finition.
Le retour des humains dans les lignes de production ne signifie évidemment pas la fin de l’intelligence artificielle chez Ford. Car, comme on l’a dit, les ingénieurs vont se faire piller leur savoir en entraînant les IA. L'histoire montre que l'intelligence artificielle reste un instrument puissant, mais pas encore un substitut autonome au jugement humain. Les caméras intelligentes excellent surtout dans la reconnaissance de schémas, mais il faut toujours un expert pour comprendre ce qu'ils signifient réellement.
De plus, les coûts de l'IA ne sont pas nécessairement moins élevés. Les fournisseurs d'IA font vendent leurs tokens (jetons d’utilisation qui correspond à une certaine masse ou volume d’interactions) de plus en plus chers, ce qui signifie des coûts parfois exponentiels pour les entreprises pour un bénéfice qui n’est pas celui escompté (il est estimé à 10% au lieu des 30 ou 40 % promis). Gageons que l’humanité a encore de belles années devant elle dans les usines, qu’elles soient automobiles ou non.
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