Longtemps reléguée au second plan dans les politiques de sécurité routière, la somnolence s’impose désormais dans toutes les études comme un facteur de risque majeur. Celle-ci serait en effet responsable d’un accident sur trois sur les autoroutes et elle dépasse donc largement les chiffres liés à l’alcool ou de la vitesse. Et pourtant, elle reste trop souvent ignorée, probablement parce qu’elle est insidieuse. Selon une enquête menée par l’association 40 millions d’automobilistes en France, près d’un conducteur sur deux reconnaît avoir déjà somnolé au volant. Plus inquiétant encore : 38% disent avoir craint de provoquer un accident à cause d’une envie irrépressible de dormir.
Cette situation est bien évidemment connue des automobilistes belges. En mars dernier, une étude par l’Agence wallonne pour la sécurité routière (AWSR) révélait que près de la moitié des automobilistes de la région (46%) avouaient avoir conduit en étant fatigués ou somnolents durant le mois écoulé. Une réalité qui vaut aussi pour la Flandre comme le montrait une enquête de VIAS menée en 2023.
Pour illustrer concrètement les effets de cette fatigue, l’association a lancé une expérience inédite : six heures de conduite sur simulateur avec trois volontaires et en créant les conditions proches de celles d’un trajet vers les vacances. Grâce à des outils de suivi du regard et d’analyse comportementale, plusieurs conclusions ont pu être tirées. Et elles font froid dans le dos.
Distances de sécurité
Le premier indicateur observé concernait les distances de sécurité. En théorie, deux secondes doivent séparer chaque véhicule, même si d’autres méthodes de calcul sont désormais conseillées pour davantage de sécurité. Mais dans la pratique, la fatigue semble court-circuiter cette règle de base. Les trois conducteurs testés ont passé une part non négligeable de leur temps en étant beaucoup trop proches du véhicule précédent, ce qui mettait en jeu leur capacité de freinage.
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Philippe, 69 ans, a ainsi conduit durant 3h31 à moins d’une seconde de la voiture virtuelle qui le précédait. Si l’on observe l’évolution heure par heure, une tendance se dessine : les conducteurs ont peu à peu repris des distances plus sûres, non pas grâce à une vigilance accrue, mais à un instinct de prudence guidé par la lassitude.
Déviations de trajectoire
Autre signe caractéristique : les écarts de trajectoire. Plus les heures passaient lors du test, plus les trois participants avaient tendance à sortir de leur voie, parfois brièvement, mais aussi parfois de manière répétée. Philippe est ainsi passé de 19 écarts la première heure à 146 lors de la sixième. Même constat pour les deux autres participants, Jade et Pierre, avec un total respectif de 397 et 434 écarts.
Ces variations trahissent une perte de concentration croissante, des micro-endormissements possibles et surtout une diminution des réflexes.
Trop regarder, aussi un danger
Mais l’un des enseignements les plus inattendus de cette expérience concerne le regard. Regarder trop souvent ses rétroviseurs ou le tableau de bord peut sembler a priori rassurant. Mais lorsqu’il devient compulsif, ce réflexe trahit une forme de dérive mentale, car pour rester éveillé, le conducteur se distrait de la route.
Jade, 21 ans, a ainsi consulté ses rétroviseurs 6415 fois en six heures. Rapporté au temps, cela équivaut à 44 minutes sans regarder devant elle. Ajoutez à cela 3246 regards vers le tableau de bord (soit 19 minutes de plus) et l’on atteint presque une heure complète sans vigilance frontale. Une éternité quand on roule à 130 km/h.
Des yeux fermés pendant plusieurs minutes
Le dernier indicateur de l’enquête suscite encore plus d’inquiétude. L’eye tracking a permis de mesurer précisément le nombre de fois où les conducteurs ont fermé les yeux, ce qui a permis de calculer précisément la durée totale de ces instants d’aveuglement.
Jade a fermé les yeux 6580 fois pendant la simulation, totalisant 18 minutes et 18 secondes sans vision. Pierre suit avec 12 minutes et 21 secondes et Philippe dépasse les 3 minutes. À cette allure et à cette fréquence, ces microsiestes involontaires pourraient facilement provoquer une sortie de route ou une collision. Fermer les yeux une seconde à 120 km/h, c’est parcourir 33 mètres à l’aveugle. Alors sur 18 minutes...
La fatigue altère donc profondément la conduite, souvent à l’insu du conducteur. Et le plus étonnant est peut-être que les participants ne se sentaient pas particulièrement fatigués. Bâillements, difficulté à maintenir sa voie, besoin de bouger ou de fixer son attention ailleurs : tous ces indicateurs devraient pousser à une prise de conscience. N’oublions pas qu’une simple pause peut suffire à rétablir un minimum de vigilance.
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