Alors que les discussions pour former un gouvernement en Région bruxelloise entrent dans une phase décisive, la question de la fiscalité automobile refait surface, mais de manière tout à fait surprenante. Le formateur bruxellois, Yvan Verougstraete (Les Engagés), a remis aux partis en négociation une note de travail ambitieuse qui vise un redressement budgétaire de 1,3 milliard d’euros d’ici la fin de la législature.
Parmi les leviers envisagés figurent des choix lourds de sens : gel du chantier du métro 3, rationalisation de l’administration régionale, ajustement des tarifs de la STIB et... une nouvelle taxe ciblant l’usage de la voiture. L’objectif est bien évidemment de rapprocher les comptes de l’équilibre pour 2029, mais aussi de solutionner un problème que Bruxelles n’a jamais résolu : celui de la congestion.
Des heures et des zones critiques
La mesure actuellement évoquée ne prendrait plus la forme d’une taxe kilométrique, comme précédemment évoqué. Le principe serait celui d’un prélèvement déclenché à l’entrée de certaines zones particulièrement saturées, à des plages horaires bien définies : entre 7h30 et 9h le matin, puis de 16h30 à 19h en fin de journée, précise la note.
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Le périmètre précis reste à déterminer, mais l’hypercentre bruxellois – plus spécifiquement le Pentagone – est déjà mentionné dans les échanges. Des systèmes de reconnaissance automatique de plaques (via les caméras ANPR) permettraient d’identifier les véhicules concernés, notamment ceux transitant par les tunnels. Selon les projections internes, la mesure pourrait générer 36 millions d’euros en 2027, avant de dépasser les 60 millions en 2028.
Quels usagers concernés ?
Manifestement, l’idée de « réguler l’usage de la voiture » fait l’objet d’un accord de principe entre plusieurs partis autour de la table. Mais les lignes de désaccord apparaissent encore lorsqu’il s’agit de désigner les automobilistes visés. Là où certains plaident pour une application indifférenciée, d’autres, au premier rang desquels le PS, souhaitent limiter l’impact aux seuls navetteurs et excluant les résidents bruxellois. Une approche déjà vue ailleurs, comme à Paris où les coûts de stationnement prohibitifs sont uniquement appliqués aux non-Parisiens.
À ce stade, il ne faut pas s’emballer non plus : la proposition reste une ébauche. Les négociateurs reconnaissent que le mécanisme doit encore être affiné. Mais une chose est certaine : la fiscalité automobile n’est plus un tabou dans les discussions bruxelloises et la Région semble donc vouloir agir seule et pas en concertation avec les autres régions qui travaillent, elles, main dans la main à une vignette.
L’ombre de SmartMove
Difficile d’aborder ce dossier sans évoquer l’épisode SmartMove. Lors de la précédente législature, le gouvernement Vervoort avait tenté d’introduire une taxation basée sur l’usage réel du véhicule. Le projet était soutenu par les écologistes et les libéraux flamands, mais il s’était heurté à une opposition frontale du PS bruxellois avant d’être définitivement abandonné. La mesure ici présentée est présentée comme plus simple dans son architecture, mais elle a le même objectif : faire toujours plus payer les automobilistes.
Avouons-le : cette approche est déconcertante. Et même fatigante. Car, au plus elle est pointée du doigt et est reconnue de tous, au plus la dichotomie entre les régions s’accentue. Pourquoi faut-il en rajouter systématiquement sur les mêmes citoyens : ceux qui se déplacent pour travailler. Ne payent-ils pas encore assez pour leur mobilité entre TVA, accises sur le carburant, taxes de mise en circulation et de circulation, taxes sur les assurances et, désormais, amendes en pagaille avec un degré de tolérance zéro – on se demande s’il ne deviendra bientôt pas négatif ? On s’étonne en tout cas qu’à côté des bonnes intentions des élus qui annoncent vouloir procéder à des simplifications administratives, ce soit l’inverse qui se produit sur le terrain : des vignettes en Flandre et en Wallonie et, bientôt peut-être, une taxe kilométrique déguisée à Bruxelles. Contrairement à ce qui était promis, la pression fiscale va donc encore s’accentuer pour une partie de la population. Car le modèle bruxellois ne rendra pas cette taxe neutre, au contraire de la vignette qui serait déduite de la taxe de circulation. Une cacophonie finalement très belge.
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