L'essentiel de l'info
Chevrolet a produit plus de 1,8 million de Corvair entre 1960 et 1969, déclinées en berlines, coupés, cabriolets, breaks et même utilitaires.
Dès 1962, la Monza Spyder reçoit un flat-six turbo de 150 ch, une technologie alors incroyable sur une voiture de grande série !
En 1965, Ralph Nader cible directement les premières Corvair dans Unsafe at Any Speed, au moment où le modèle affronte aussi la nouvelle Ford Mustang.
Quand on pense automobile américaine des années 60, on imagine assez rapidement un V8 gros comme une baignoire, deux tonnes de chrome et un capot assez long pour y poser un transat ! Pourtant, sur le marché américain de l’époque, il y a aussi une autre réalité : les petites voitures européennes grignotent des parts de marché, VW Coccinelle en tête ! Dès lors, plutôt que de faire une petite américaine classique, Chevrolet s’inspire de la recette de la Volkswagen Coccinelle et la pousse d’un cran.
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Révolutionnaire et complètement hors cadre !
Et il faut dire qu’à sa présentation pour le millésime 1960, tout va pour le mieux ! Le dessin est agréable, tendu, très moderne et la partie technique l’est tout autant : avec un moteur arrière refroidi par air, une coque autoporteuse, une suspension indépendante aux quatre roues et un flat-six, le seul, d’ailleurs, produit en grande série par une marque américaine ! Et n’allez pas croire que Chevrolet a lorgné du côté de Porsche car, à cette époque, la 911 n’est tout simplement pas encore née ! Quant à la 356, elle ne compte que 4 cylindres… Bref, la Corvair est réellement avant-gardiste, ce qui ne manque pas de surprendre pour une ricaine des années 60 !
Et la recette prend !
Au début, tout va pour le mieux. La presse adore : Motor Trend en fait sa voiture de l’année 1960. Le public suit, avec environ 330.000 exemplaires produits pour le millésime 1961 ! Chevrolet en profite pour élargir la gamme avec berlines, coupés, breaks, cabriolets et même des utilitaires comme les Greenbrier et Rampside ! Le clou du spectacle, il faut le chercher en février 1962, au salon de Chicago : Chevrolet dégaine la Monza Spyder. Le flat-six reçoit un turbo et passe de 102 à 150 chevaux ! Rappelez-vous, nous sommes plus de 10 ans avant l’arrivée des premières grandes sportives européennes turbocompressées !
1965, l’année du basculement
En 1965, la Corvair passe à sa deuxième génération. La carrosserie abandonne les lignes assez sages de la première pour une silhouette basse, fluide et sans montants centraux sur les coupés ! Aguicheuse à souhait, elle en profite aussi pour peaufiner sa technique, avec un châssis largement revu et un moteur qui gagne en puissance. La Corsa, la version sportive, propose alors un flat-six 2,7 litres de 140 chevaux, voire 180 chevaux avec le turbo !
Tout va pour le mieux ? Non, car un livre sort la même année. Et ce livre, baptisé Unsafe at Any Speed, est signé par un jeune avocat appelé Ralph Nader. Celui-ci dézingue la Corvair dès le premier chapitre en ciblant le comportement routier des premiers modèles, jugé dangereux ! Et puis il y a un autre problème, qui vient rafler toute la jeune clientèle sportive et dynamique : la Ford Mustang est sortie l’année précédente !
Alors, est-elle réellement dangereuse, cette Corvair ?
À vrai dire, le problème, sur les modèles 1960 à 1963, vient surtout de l’essieu oscillant : il peut faire basculer la roue arrière et provoquer un survirage brutal dans certaines circonstances. Pour pallier ce problème, Chevrolet préconise des pressions de gonflage inhabituelles mais… elles sont souvent ignorées ! Dès 1964, Chevrolet modifie d’ailleurs la suspension arrière, avant de la revoir complètement avec la deuxième génération de 1965.
Mais le mal est fait. Dès 1967, Chevrolet simplifie progressivement la gamme jusqu’à l’arrêt définitif en mai 1969. Le dernier millésime ne totalisera que 6.000 voitures, dont 521 cabriolets ! Pourtant, le succès de la Corvair sur l’entièreté de sa carrière est réel : plus de 1,8 million d’exemplaires seront produits !
Petit épilogue qui ne manque pas de piment : l’affaire Corvair et, plus largement, le retentissement du livre de Ralph Nader participent au mouvement qui mène à l’adoption du National Traffic and Motor Vehicle Safety Act de 1966. Quatre ans plus tard, la NHTSA, l’agence fédérale américaine chargée de la sécurité routière, est créée. Ironie totale : c’est cette même NHTSA qui conclut en 1972 que la Corvair 1960-1963 ne présente « pas de risque anormal de perte de contrôle ou de retournement par rapport à ses contemporaines »…
Bon à savoir avant d’acheter
Comme d’habitude, il va falloir inspecter la carrosserie en tout premier lieu. Planchers, bas de caisse, passages de roues, entourage de pare-brise, points d’ancrage de suspension, vérifiez tout ! Mécaniquement, le flat-six refroidi par air est plutôt robuste mais surveillez le bon fonctionnement du système de refroidissement, l’étanchéité du moteur et celle du système de chauffage. Bien entendu, les versions turbo ajoutent une petite complexité…
Côté pièces, il faudra vous fournir aux États-Unis, où la communauté Corvair est immense et l’approvisionnement en pièces plutôt confortable !
Côté prix, on voit de tout entre moins de 10.000 et plus de 30.000 euros. La version, la motorisation et bien sûr l’état font varier les prix du simple au triple, voire au quadruple. Vu la petite forme de ce marché, les montants vont probablement un peu se tasser à l’avenir.
On craque ?
Eh bien vous savez quoi ? Oui ! La ligne est racée, la mécanique est totalement atypique et les prix sont encore raisonnables. Et puis, il est grand temps de réhabiliter la plus originale des Américaines ! Notre choix se porterait sur un coupé de deuxième génération, boîte manuelle, idéalement une Corsa 140 ch. La version turbo est plus rare et plus spectaculaire, mais votre serviteur reste un fidèle accroc aux moteurs atmos… Qui ont en plus l’avantage d’être plus simples !
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