L'essentiel de l'info :
· Jaguar Land Rover va supprimer 4.000 postes sur deux ans, environ 10 % de ses effectifs et limiter sa production de véhicule à 300.000 véhicules par an alors que les volumes en frôlent à peine le seuil.
· En Europe, Land Rover a reculé de 10,5 % en 2025 et Jaguar s'est effondré de 83,6 %, à moins de 1.000 immatriculations, la marque n'ayant plus rien à vendre depuis l'arrêt de la F-Pace.
· La relance électrique censée sauver Jaguar recule sans fin, mais elle devrait être présentée en octobre de cette année, deux ans après la présentation du concept.
Quatre mille personnes vont quitter Jaguar Land Rover d'ici deux ans, soit environ un salarié sur dix. Le constructeur britannique cible les fonctions administratives et l'encadrement, pas les outils de production, et promet de privilégier les départs volontaires. L'objectif des comptables tient en un chiffre : 1,7 milliard de livres d'économies (environ 2 milliards d'euros). Concrètement, il s'agit d'abaisser le seuil de rentabilité à 300.000 véhicules par an (donc d’alléger les coûts), soit le nombre de voitures que JLR doit écouler pour ne plus perdre d'argent.
La cyberattaque qui a paralysé les usines pendant un mois a coûté cher et la presse en a fait l'un des grands responsables du trou d'air. Mais elle n'explique pourtant pas tout. Car les ventes reculaient déjà bien avant. Sur ses exercices fiscaux, qui courent d'avril à mars, le groupe est passé de 614.309 véhicules en 2018 à 578.915 en 2019, puis 439.588 en 2021, 431.733 en 2024, 428.854 en 2025 et 352.389 en 2026. Une chute de près de moitié en huit ans.
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Marque fantôme
Sur l'ensemble de 2025, Land Rover a reculé de 10,5 % en Europe, à 52.226 unités contre 58.342 un an plus tôt. Jaguar, elle, a purement et simplement disparu des radars : 935 immatriculations sur l'année, contre 5.688, une chute de 83,6 %. Le chiffre paraît absurde, mais il y a une raison. La F-Pace, dernier modèle encore en vente, a été arrêtée en 2025. Depuis, Jaguar ne vend littéralement plus rien. À cela s'ajoute la pression douanière américaine, un marché qui pèse pour un quart des ventes et où le Range Rover est taxé à 10 % et le Defender à 15 %.
JLR a longtemps prospéré sur une recette unique, le SUV premium à forte marge, en repoussant l'échéance électrique pendant que BMW, Mercedes et Volvo prenaient de l'avance. Il y a bien eu l'I-Pace en 2018 et il était un pionnier, mais la marque l’a laissé vieillir et ne lui a pas donné de succession. Quid de la suite ? Le choix – radical s’il en est – a été de mettre Jaguar à l'arrêt pour préparer sa bascule tout électrique. Un pari qui laisse un trou béant dans les ventes (60.000 I-Pace étaient écoulés par an) en attendant que les nouveaux modèles arrivent. S'ils arrivent...
Beaucoup de promesses
Reste à savoir ce que JLR peut opposer à cette chute. Sur le papier, une gamme entière, mais dans les faits, on est surtout face à une longue liste d'attente. Après des mois d’attente, le Range Rover électrique arrive enfin : les commandes sont ouvertes et les premières livraisons sont encore prévues pour cette année. Mais son tarif donne le vertige : 163.830 euros pour l’entrée de gamme.
Pour la suite, c’est moins clair. Un Velar électrique est attendu fin 2026, un Defender Sport pour le début 2027 puis un Range Rover Sport à batterie dans la foulée. Cela dit, les dates glissent au fil des mois et le Defender électrique est déjà renvoyé à la décennie 2030. JLR avait aussi conçu sa nouvelle plateforme comme entièrement électrique, mais le constructeur a fait machine arrière pour y remettre de l'hybride. Le nouveau patron, P.B. Balaji, l’a reconnu : l'adoption de l'électrique est plus lente qu'anticipé.
Chez Jaguar, l'attente vire au pari existentiel. On attend en effet toujours le coupé Type 01 dérivé du concept Type 00. La marque l’a annoncé pour en octobre 2026 à New York, pour une commercialisation début 2027. Et après ? À nouveau, c’est le vide : une limousine et un SUV sont évoqués, mais de manière très incertaine. Une question : la clientèle suivra-t-elle ? Pas sûr... En attendant, JLR prend des mesures d’urgence. À voir si elles suffiront.
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