La Commission européenne vient tout juste de formaliser ses règles sur le « Made in Europe ». Une initiative saluée dans les capitales du continent, mais qui laisse entière une question autrement plus épineuse : l'Europe est-elle réellement prête à défendre son patrimoine industriel automobile face aux ambitions chinoises ? Car pendant que Bruxelles trace ses lignes rouges sur les chaînes de production, certains constructeurs chinois attaquent désormais sur un autre front : celui des acquisitions de marques. Et c’est le cas de BYD.
Interrogée par Bloomberg en marge de l’acquisition d’un site de production au Canada, Stella Li, vice-présidente du groupe, a fait une déclaration qui a interpellé toute l’industrie : « nous sommes ouverts à toute opportunité » tout en insistant sur le fait que « les entreprises automobiles européennes ont un héritage, elles ont beaucoup de traditions ». Et manifestement, ça l’intéresse, car elle a ensuite avoué que son entreprise « procédait activement à l'évaluation d'actifs potentiels ». Avec ces propos, Stella Li ne cache absolument pas les ambitions du géant chinois : racheter une marque établie, avec son histoire, ses réseaux et son ingénierie, fait partie des scénarios sérieusement envisagés. Pour mesurer la réalité de cette ambition, les chiffres suffisent. En 2025, BYD a vendu 128.827 véhicules en Europe, soit une progression de 227% en un an. À l'échelle planétaire, le groupe revendique plus de 4,6 millions d'unités écoulées (+7,73% sur un an), ce qui le hisse au cinquième rang mondial des constructeurs.
China's BYD open to building cars in Canada, buying out rivals https://t.co/QNZdLqxfeP
— BNN Bloomberg (@BNNBloomberg) March 14, 2026
Geely a ouvert la voie
Si certains seront étonnés par tant d’agressivité commerciale de la part des Chinois, il faut se souvenir qu’un précédent existe. En 2010, le groupe Geely rachetait Volvo à Ford avant de mettre la main sur Lotus en 2017. BYD n'a actuellement mentionné aucune marque cible. Mais le contexte industriel européen offre un terrain particulièrement fertile à ce type de spéculation. Stellantis, empire aux quatorze marques, est régulièrement pointé du doigt pour un portefeuille jugé trop large : Lancia, Maserati ou Alfa Romeo figurent parmi les enseignes qui peinent à trouver leur place dans la stratégie globale du groupe. Et il y a d’autres pistes : chez Volkswagen, SEAT reste en échec malgré les tentatives de relances. Comme on le sait, SEAT arrêtera de produire des voitures d'ici la fin de la décennie. Les futures générations d'Ibiza, Arona et Leon devraient être les dernières. L'électrification de SEAT se concentrera sur de nouvelles formes de mobilité : partage, abonnement, micromobilité.
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Encore une fois, ce ne sont là que des exemples parmi d'autres et certainement pas des cibles identifiées. Mais ils illustrent une réalité que personne dans l'industrie ne conteste : plusieurs marques européennes dotées d'un nom, d'une histoire et d'un réseau de distribution peinent aujourd'hui à trouver leur équilibre dans le contexte hyperconcurrentiel. Et les grands groupes auxquels elles appartiennent ne sont pas en bonne forme.
Stella Li, executive VP of BYD, noted that the Chinese automaker is willing to work with Tesla to battle ICE cars.
— TESLARATI (@Teslarati) March 5, 2025
“Our common enemy is the internal combustion engine car. We need to work together… to make the industry change,” she said. https://t.co/o3GamTxT9M
En Belgique, BYD joue la carte de la vitesse
Il se fait que le groupe chinois ne cherche pas qu'une usine, mais une identité de marque à part entière. La stratégie de déploiement mondial le confirme. Au Canada, BYD envisage de reprendre un site industriel actuellement à l'arrêt, en excluant d'emblée toute coentreprise avec un constructeur local. Stella Li a été claire : « Je ne pense pas que cela puisse fonctionner. » Les États-Unis restent hors de portée pour l'heure, jugés « compliqués » en raison de l'interdiction frappant les technologies chinoises dans les véhicules connectés. Le Brésil progresse avec une usine opérationnelle à Bahia tandis qu’en Europe, un deuxième site de production est envisagé en Turquie, en complément de l'usine de Hongrie. BYD a par ailleurs confirmé étudier une entrée dans le sport automobile de haut niveau (WEC et même en F1), signe des ambitions du groupe.
Sur le marché belge, BYD affiche un objectif précis : 2% de parts de marché en 2026. Pour y parvenir, la marque mise notamment sur des bornes de recharge ultrarapides atteignant 1.500 kW capables de recharger un véhicule en cinq minutes à peine. La vraie question, désormais, n'est pas de savoir si BYD franchira le pas d'une acquisition européenne. Pékin n’a jamais hésité à pousser dans le dos ses constructeurs. Il faudra voir sur l’Europe acceptera, elle, de vendre ses bijoux de famille...
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