Les assemblées générales d'actionnaires sont, d'ordinaire, des cérémonies bien huilées. On a droit au discours de la direction, aux votes sur les résolutions ainsi qu’à quelques questions convenues et tout le monde rentre chez soi. Sauf que chez Nissan, ça s'est passé autrement le 23 juin dernier. Dans le grand auditorium du siège de Yokohama, le PDG Ivan Espinosa a dû faire face à une salle en colère, à plusieurs votes de défiance à son égard (tous rejetés sur des motifs légaux) et à une proposition qui a figé la salle : un actionnaire a formellement demandé le retour de Carlos Ghosn au Conseil d'administration. Stupéfaction, car on parle bien du Carlos Ghosn qui a fui le Japon caché dans une caisse d'instrument de musique en 2019 et qui y est toujours exilé au Liban pour malversations financières.
Nissan CEO Ivan Espinosa slogged through a topsy-turvy annual shareholders meeting, fending off multiple floor motions to remove him as chairman of the gathering.#Nissan #IvanEspinosa #automotive #autoindustry #CarlosGhosn pic.twitter.com/BLjqgB6ZuN
— Automotive News (@Automotive_News) June 23, 2026
Ghosn, vraiment ?
Cela dit, aussi étonnante cette sortie soit-elle, elle peut aussi se justifier d’un point de vue comptable. Avant l’arrestation de Ghosn en 2018, le cours de l’action Nissan tenait. Mais depuis, il a perdu environ 66 % de sa valeur. Et ce n’est pas que la faute de Ghosn. Car sur la seule période fin 2023 – juin 2026, le recul atteint 44 %. « Il avait des défauts, mais aussi des qualités. Je veux un leader comme ça », a déclaré l'actionnaire qui a fait cette proposition. Bien sûr, il est difficile d'y voir une proposition sérieuse, car Ghosn ne peut pas fouler le sol japonais sans risquer l'arrestation immédiate. Mais en filigrane, le message est clair : la patience des investisseurs a des limites et Ivan Espinosa n’a toujours pas réussi à prouver qu'il est l'homme de la situation.
Publicité – continuez à lire ci-dessous
Le moment le plus significatif de la journée n'est pourtant pas venu des petits porteurs en colère, mais de Paris. En effet, Renault détient environ 36 % du capital de Nissan et dispose que de 15 % des droits de vote a choisi de s'abstenir lors du vote sur la réélection de Motoo Nagai, un administrateur indépendant depuis 2019.
Cette abstention a suffi à provoquer son éviction qui a aussi été soutenue par d'autres investisseurs institutionnels. Nagai, 72 ans, est un ancien banquier de Mizuho Financial Group et, surtout, le premier créancier de Nissan avec 4.400 milliards de yens de dettes au compteur. C’est d’ailleurs ce que Renault lui reprochait : être à la fois un administrateur et le principal prêteur, ce qui laisse avec des doutes sur son indépendance, justement. Ce que peu de gens savent, c’est que Nagai avait activement poussé la fusion Nissan-Honda début 2025, une opération que Renault avait aussi torpillée.
Un redressement sur le fil
Ivan Espinosa défend pourtant un bilan qui commence à tenir debout. L'exercice fiscal 2025 s'est clôturé sur un bénéfice d'exploitation de 367 millions de dollars, ce qui est très modeste, mais positif, après une perte nette colossale de 670,9 milliards de yens (environ 4,1 milliards d'euros) lors de l'exercice précédent. Le plan de restructuration est brutal avec une réduction des effectifs mondiaux de 15 %, la fermeture de 7 des 17 usines hors Chine d'ici 2027 et une capacité de production ramenée de 3,5 à 2,5 millions de véhicules par an. Les ventes mondiales restent sous pression, avec un recul de 27,5 % en Chine et de 13 % en Amérique du Nord sur le dernier trimestre. Espinosa a promis un retour à la rentabilité en 2027 et annoncé la présentation d'un nouveau plan à moyen terme. Mais les actionnaires auront-ils cette patience ?
Nissan misera aussi sur ses produits
Ivan Espinosa sait sans doute qu'il ne redressera pas une marque que par les seuls tableaux Excel. Il va falloir convaincre les acheteurs de revenir chez Nissan. Un plan produit est en marche et, pour l’Europe, il s’appuie fortement sur Renault : la nouvelle Micra EV est dérivée de la Renault 5 et même fabriquée à Douai tandis que le prochain Juke électrique et la Leaf (qui est un SUV) seront bâtis sur la base des Mégane et Scénic E-Tech.
Heureusement, il y aura encore des produits « maison ». Pour soigner l'image, la GT-R R36 est officiellement en développement et elle ne sera pas électrique, mais utilisera le 6 cylindres VR38 avec une hybridation et un châssis entièrement nouveau. Pour reconquérir l'Amérique du Nord, c’est la Skyline qui s’y collera. Reste à voir si ça suffira...
Des milliers de conducteurs belges suivent déjà Gocar pour rester informés et découvrir les meilleures offres d'occasion et neuves. Vous aussi, restez informé :
- Consulter gocar.be régulièrement
- Suivre Gocar sur Google Actualités
- S'abonner à la newsletter Gocar