Étude – La recharge rapide dégrade-t-elle vraiment deux fois plus les batteries ?

La recharge rapide use-t-elle vraiment les batteries deux fois plus vite ? L’analyse de 22.700 véhicules électriques montre un écart net entre charge lente et charge à plus de 100 kW. Il n’y a pas de catastrophe à la clé, mais il existe toutefois un impact sur le long terme.

Publié le 4 mars 2026
Temps de lecture : 4 min

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Étude – La recharge rapide dégrade-t-elle vraiment deux fois plus les batteries ?

Le vieillissement des batteries de voitures électriques reste un sujet sensible. Au départ, on pensait la dégradation rapide et coûteuse puisque cette perspective nécessitait d’envisager un remplacement du pack. Puis, avec les ans, on a pu constater que le vieillissement était bien plus lent que prévu, spécialement avec des charges lentes. Certaines études allaient même plus loin, démontrant que la recharge rapide n’avait que peu d’impact sur la dégradation.

Cela dit, jusqu’ici, ces études portaient sur quelques dizaines ou centaines de voitures, pas davantage. Or, une nouvelle étude menée par Geotab a étudié le phénomène sur un échantillon considérablement élargi et portant sur 22.700 véhicules et 21 modèles différents utilisés pendant plusieurs années. Conclusion : on observe un taux moyen de dégradation annuel de 2,3%, tous usages confondus.

Concrètement, après cinq ans, la capacité exploitable recule d’environ 12%. Pour une batterie de 60 kWh donnée pour 375 km d’autonomie à l’origine, cela représente une perte théorique d’environ 45 km. Cette dégradation n’a rien d’une catastrophe. À 2,3 % par an, une batterie utilisée dans des conditions normales conserve encore autour de 80% de son état de santé après plus de huit ans. On reste donc dans des ordres de grandeur cohérents avec les garanties constructeur, généralement fixées à huit ans ou 160.000 km.

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La recharge rapide, facteur déterminant

Le principal enseignement de l’étude concerne la recharge rapide : au-delà de 100 kW, la puissance devient un facteur déterminant et accélère sensiblement le rythme de dégradation. Le taux peut alors atteindre 3% de dégradation par an. À l’inverse, ceux privilégiant des puissances plus modestes se situent autour de 1,5% par an.

L’écart peut sembler léger, mais il est en réalité significatif : sur certains modèles, le rythme d’usure peut être pratiquement doublé. Cette évolution est d’autant plus notable que le recours à la charge rapide progresse fortement, car les infrastructures sont de plus en plus développées et que le public pense aujourd’hui que celle-ci n’a pas (ou si peu) d’impact sur la dégradation. Chez les clients analysés, la part de la recharge rapide est passée de moins de 10% à environ 25% des sessions entre la précédente étude publiée en 2024 et l’actualisation de 2026. La puissance a elle aussi augmenté, passant d’environ 70 kW à plus de 90 kW.

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Cela dit, il serait toutefois excessif d’y voir une dégradation brutale. Même à 3% par an, il faudrait théoriquement une décennie d’usage quasi exclusif en charge rapide pour approcher un niveau de 70% de capacité résiduelle, celui pour lequel un remplacement est préconisé.

Tous les paramètres ne se valent pas

La puissance affichée à la borne ne résume toutefois pas toute l’équation. Comme le rappelle le Battery Innovation Centre (VUB), la vitesse réelle de charge dépend aussi de la capacité du pack. À puissance identique, une petite batterie subit un stress électrochimique et thermique sensiblement plus élevé qu’un grand ensemble. Ça aussi, il vaut mieux le savoir.

Par ailleurs, le climat joue également un rôle, même s’il est plus modéré : les véhicules évoluant dans des régions chaudes se dégradent en moyenne 0,4% par an plus vite que ceux roulant sous des latitudes tempérées. Enfin, sur la question de l’intensité d’usage, on remarque que les véhicules les plus sollicités enregistrent environ 0,8% de dégradation annuelle supplémentaire par rapport à ceux qui sont moins utilisés.

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Faut-il revoir ses habitudes de charge ?

Les données nuancent certaines croyances. Utiliser une large plage de charge n’entraîne pas, en soi, une usure accélérée. En revanche, maintenir fréquemment un véhicule très proche de 100% ou, à l’inverse, durablement sous des niveaux très bas favorise le vieillissement. La règle empirique consiste donc – comme on l’a déjà répété à de nombreuses reprises – à évoluer autant que possible entre 20 et 80% pour optimiser la capacité du pack.

Pour les particuliers qui conservent leur voiture plus longtemps, la conclusion est évidente : la recharge lente ou modérée reste préférable au quotidien, la charge rapide devant rester un outil occasionnel, comme pour les départs en vacances. L’étude de Geotab confirme donc que les batteries modernes affichent une vraie robustesse, mais que les choix de recharge influencent effectivement la trajectoire de vieillissement.

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Par David Leclercq Rédacteur automobile

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