Pénurie de carburant en Russie : comment la Chine en profite pour vendre ses électriques

L’information est presque absurde : la Russie qui est l’un des plus gros producteurs de pétrole au monde est en pénurie d'essence sur son territoire. Dans ce contexte, les automobilistes se ruent sur les voitures électriques. Au bénéfice de qui ?

Publié le 15 juillet 2026
Temps de lecture : 4 min

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Pénurie de carburant en Russie : comment la Chine en profite pour vendre ses électriques

La situation est tout à fait étonnante : alors que la Russie est un des plus gros producteurs de pétrole du monde (9 millions de barils par jour), le pays connaît une pénurie de carburant sans précédent qui interdit même aux habitants de se déplacer. Mais comment expliquer cette réalité ? En fait, la réponse tient en un mot : Ukraine.

Kiev change de cible

Depuis le début de l'année, les frappes ukrainiennes ne visent plus seulement les lignes de front, mais aussi des installations stratégiques, comme des dépôts, des terminaux et des raffineries. Les infrastructures énergétiques russes encaissent donc coup sur coup.

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Produire du pétrole brut ne suffit évidemment pas pour faire tourner un pays. Encore faut-il pouvoir le transformer en carburant utilisable. Et c'est précisément cette capacité de raffinage qui vacille. Résultat, selon les calculs de Reuters, les prix à la pompe grimpent dans certaines régions russes jusqu'à atteindre des niveaux parmi les plus élevés d'Europe. Le paradoxe est total : le pays qui exporte du pétrole dans le monde entier peine désormais à en fournir à ses propres automobilistes.

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Pékin s’installe

Dans ce contexte, les Russes n’attendent pas que le gouvernement rétablisse l’équilibre. Les citoyens ont pris les devants et ils se ruent désormais sur les voitures électriques. Et là aussi, c’est un sacré contraste. Car seulement 80.000 voitures électriques circulaient en Russie au 1er janvier 2026, soit à peine 0,2 % du parc automobile national. Les Russes n’étaient jusqu’ici pas intéressés par ces véhicules en raison d’un pétrole pas cher et qu’un réseau de recharge qui reste embryonnaire.

Les témoignages des concessionnaires sur le changement de comportement des acheteurs russes sont édifiants. Le distributeur EN Cars raconte vendre désormais deux à trois véhicules électriques par jour, contre trois par mois il y a encore quelques semaines. Et selon certaines informations qui circulent, il se serait vendu plus de voitures électriques en douze mois qu'au cours de toute la décennie précédente. Il faut toutefois nuancer, car la part de marché du véhicule électrique et de l'hybride rechargeable ne pesait que 4,3 % des ventes l'an dernier selon le cabinet Autostat.

Mais qui sont les marques gagnantes. Ce ne sont évidemment pas les marques européennes qui ont été priées de plier bagage dès 2022, mais bien les marques chinoises telles que Geely, GAC, Dongfeng, Chery ou GWM. Zeekr et Xiaomi s'invitent aussi sur le marché national, mais via des importations parallèles.

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La Nissan Leaf qui a longtemps été leader du marché russe des voitures électriques voit sa position reculer, au profit des marques chinoises (pardon, russes) produites localement. Car il faut se souvenir que dans l'ancienne usine Renault de Moscou, on assemble aujourd'hui des Moskvitch dont l’intégralité des composants (sauf peut-être la calandre) provient du chinois JAC Motors. Même logique à Kaluga et à Saint-Pétersbourg où les usines laissées vacantes par Volkswagen et Nissan tournent désormais pour Chery, sous la marque locale Xcite. Même scénario pour la marque Volga qui fait des copiés-collés de modèles Changan

Et en Belgique ?

Un fond, c’est le même mécanisme qui se rejoue avec le pétrole qu'avec les usines. Officiellement, l'Occident a tourné le dos au pétrole russe. Mais dans les faits, on ne s'en débarrasse jamais tout à fait. La Belgique n'aurait plus importé une goutte de brut russe depuis l'embargo européen de 2022, tombé à 0 % dès 2023 selon la fédération Energia. Sauf qu'une réalité plus trouble subsiste au large de nos côtes, celle d'une flotte fantôme de plus de mille navires, dont un avait été arraisonné il y a quelques mois du côté d’Ostende. Le pétrole russe n'a donc jamais totalement disparu.

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Ce qui est véritablement interpellant, c’est la réalité similaire qui touche la Belgique et la Russie, à savoir l’influence chinoise grandissante et la déferlante automobile qui s’abat. Certes, les raisons sont différentes, mais le résultat reste le même : ce sont les constructeurs chinois qui sont les grands gagnants de l’opération. Et ils le seront bientôt encore plus chez nous, une fois que les usines européennes de ces marques tourneront et que les droits de douane seront éludés.

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Par David Leclercq Rédacteur automobile

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