L'essentiel de l'info :
· Geely lance un dispositif tout-terrain piloté par IA, soit un châssis numérique qui calcule couple, puissance et amortissement selon le sol. La marque annonce l’avoir validé sur 6,11 millions de kilomètres.
· BYD de son côté avance avec quatre moteurs indépendants annoncés cent fois plus réactifs qu'une transmission classique, preuve que le châssis intelligent est devenu le vrai terrain de bataille chinois.
· Dans ce contexte, on se demande ce que le roi du genre, Land Rover, prépare. Curieusement, il électrifie son savoir-faire, mais sans jamais brandir l'argument de l’IA. Faut-il voir dans ce basculement la perte de compétence du conducteur ?
Pendant des décennies, le tout-terrain a résisté à la vague électronique. Un bon (et vrai) franchissement, ça se jouait dans les blocages de différentiel, la démultiplication du réducteur, la garde au sol, les angles d’attaque et de fuite et... l'œil du conducteur capable d’estimer sous la boue où poser exactement les roues. C'était un savoir-faire de longue date, presque artisanal, et chez les constructeurs automobiles, c’est surtout Land Rover qui incarnait ce patrimoine. Mais le 28 août dernier, le Chinois Geely a fait basculer ce monde-là. Le constructeur a en effet dévoilé une architecture où ce n'est plus tout à fait le pilote qui analyse le terrain, c'est le calculateur. Et celui-ci est dopé à l’intelligence artificielle.
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Le cerveau prend la main
La marque décrit un châssis numérique, c’est-à-dire un ensemble mécanique entièrement supervisé par le logiciel. Concrètement, une suspension hydraulique active scanne le terrain trente mètres à l'avance et prérègle l'amortissement avant même que la roue n'atteigne l'obstacle. Un système baptisé « Xingtui » répartit la puissance et le couple entre les essieux selon la nature du sol avec des ajustements annoncés à la milliseconde. Geely revendique une validation obtenue sur 659 véhicules et plus de 6,11 millions de km. On n’est donc plus dans le prototypage, mais dans une ambition de mise en série.
La Chine ne bluffe pas
Cela dit, la démarche de Geely n’est pas isolée. BYD, via sa marque haut de gamme Yangwang, pousse depuis plusieurs années son système DiSus de contrôle de caisse hydraulique intelligent adossé à une plateforme à quatre moteurs indépendants cent fois plus réactive qu'une transmission intégrale classique. Le résultat autorise des figures qui relevaient hier de la science-fiction, comme la rotation sur place, la stabilisation automatique après un éclatement de pneu ou encore la capacité à rester à flot en cas d'immersion. Les deux géants chinois ont donc deux approches distinctes, mais ils font le même pari sur l'intelligence embarquée. C’est donc une vraie tendance.
Le silence anglais
Toutefois, celui qu'on attendait en premier sur le sujet reste aux abonnés absents : Land Rover. Bien sûr, le Terrain Response qui adapte seul les réglages selon la surface, en fut un précurseur commercial. Mais c'était il y a bien longtemps (2004). En 2016, le projet de recherche CORTEX explorait l'autonomie tout-terrain par apprentissage automatique et fusion de capteurs. Les ingénieurs promettaient un franchissement où la voiture lisait le sol et décidait seule. Mais on n'en a jamais vu la couleur. Aujourd'hui, le Range Rover Electric encaisse la comparaison, mais uniquement sur le plan mécanique avec une gestion de la traction cent fois plus rapide que sur la version thermique. Mais d'IA qui pilote le franchissement, aucune trace...
Mais au-delà de ces évolutions, il y a une vraie question qui se pose : si le châssis lit le terrain, l'anticipe et corrige plus vite qu'un humain, que reste-t-il au conducteur ? Le franchissement était un apprentissage, une compétence qui se gagnait, dans la compréhension du sol et la gestion de la motricité. Or, l'IA transforme peu à peu le pilote en superviseur. Et ce qu'on délègue, on désapprend à le faire. Le tout-terrain de demain, le conduira-t-on encore vraiment ou se contentera-t-on de le laisser faire ? La réflexion déborde le seul franchissement. Sur circuit, on a déjà vu des voitures autonomes tourner plus vite qu'un pilote professionnel. À Abu Dhabi, une IA a battu le chrono humain de référence fin 2025 tandis qu’un ancien de la Formule 1 n'a résisté que d'une seconde et demie. Le crapahuteur du dimanche et le pilote chevronné se retrouvent dans le même bateau : la machine apprend ce que certains mettent une vie à maîtriser. Alors, progrès ou dépossession ?
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