Depuis 2024, chaque voiture neuve vendue dans l'Union embarque un limiteur intelligent de vitesse, l'ISA. Le système avertit, vibre à travers le volant ou bipe, mais il n'empêche rien. Le conducteur garde la main et peut l'ignorer totalement. Et il peut même le désactiver. Certes, cette manipulation doit se faire lors de chaque démarrage, mais ça signifie donc que l’automobiliste peut éviter le système ISA.
Ce confort pourrait toutefois toucher à sa fin. Selon des informations relayées par plusieurs médias britanniques et néerlandais, la Commission européenne explore la possibilité de rendre ce système contraignant : la voiture pourrait brider elle-même sa puissance moteur dès qu'elle détectera un dépassement de la limite autorisée.
GPS, caméras et 5G
Concrètement, le principe repose sur l'assemblage de plusieurs briques déjà connues, mais recombinées autrement. La navigation par satellite est couplée à des cartes actualisées, à un réseau mobile de dernière génération et à une caméra capable de lire les panneaux en direct. Dès qu'un tronçon impose une limite plus basse, le logiciel réduirait la puissance disponible, sauf en cas d’urgence. Les discussions sont à ce stade encore exploratoires, mais elles associeraient les constructeurs et les organisations de sécurité routière. Rien n'est acté, mais le projet est bel et bien sur la table.
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L'ambition derrière ce projet ne date pas d'hier. Bruxelles vise le zéro mort sur les routes d'ici 2050 avec un premier palier à mi-parcours en 2030 : diviser par deux le nombre de tués. Sauf que cet objectif s’éloigne de plus en plus, notamment en raison du système ISA actuel qui ne sert pas à grand-chose. Selon la Commission, entre 40 et 60 % des conducteurs dépassent les limites de vitesse sans que l’alerte de vitesse ne les en dissuade. D'où l'idée de passer à la vitesse supérieure.
Le hic technique
Le problème, c’est que les systèmes de reconnaissance de panneaux se trompent et pas qu'un peu. Une carte obsolète, un panneau caché par une branche ou une signalisation contradictoire et on se retrouvera avec une voiture qui ralentit sans raison et qui risque donc de devenir elle-même un danger pour ceux qui la suivent. La solution pourrait donc être pire que le mal.
À cela s’ajoutent évidemment aussi d’autres questions sensibles. Un système capable de couper la puissance d'un moteur doit être protégé contre les intrusions malveillantes. En outre, la protection des données de localisation pose également question tout comme la perte de recettes pour les États membres de la baisse des recettes des amendes qui s’en suivrait.
Vers le zéro mort ?
On ne peut pas reprocher à l'Union son ambition. Mais il faut aussi rester réaliste et l’objectif de 2050 tel qu’il est formulé aujourd’hui relève de l’utopie. Il y aura en effet toujours des accidents, des situations où aucune machine ne fera mieux qu'un humain attentif. Et la voiture autonome qui est souvent brandie comme la solution ultime ne fera pas exception : elle devra elle aussi choisir entre plusieurs issues, dont certaines seront forcément imparfaites. Les aides à la conduite d’aujourd’hui sont déjà pleines de ratés spécialement lorsque la météo se dégrade. Et bizarrement, aucune étude ne circule encore sur l'ampleur de ces errements.
Mais il reste une question plus prosaïque encore : chaque nouvelle exigence technologique alourdit la facture. Capteurs, caméras, logiciels : tout ça se répercute sur le prix catalogue dans un contexte où le pouvoir d'achat automobile des Européens s'effrite. Quoi qu’il en soit, promettre le zéro mort en 2050, c’est un non-sens. Sauf si Bruxelles coupe aussi nos démarreurs...
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