Hausse des amendes le 1er juillet : pourquoi la sécurité routière n'y gagnera presque rien

Le gouvernement l’avait annoncé et il passe à l’action : dès le 1er juillet, les tarifs des amendes de roulage grimpent de 10 %, après les amendes pénales, relevées de 25 % en février. Officiellement, c’est pour la sécurité. Mais quand on regarde qui paie vraiment le gros des amendes et ce que le gouvernement prépare en parallèle, c’est une tout autre perspective qui apparaît.

Publié le 18 juin 2026
Temps de lecture : 4 min

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Hausse des amendes le 1er juillet : pourquoi la sécurité routière n'y gagnera presque rien

Les choses sont donc allées très vite : dans moins de deux semaines, la facture des amendes change. À partir du 1er juillet, toutes les perceptions immédiates augmentent de 10 %, a confirmé la ministre de la Justice Annelies Verlinden (CD&V). Il n'y aura pas de période de grâce.

Concrètement, un coup de fil au volant passera de 182 à 201 euros. Rouler sans ceinture coûtera 138 euros au lieu de 126. Un conducteur juste au-dessus de la limite d’alcoolémie de 0,5 pour mille devra débourser 217 euros et au-delà de 0,8 pour mille la note grimpe à 472 euros. Quant au petit excès en agglomération, celui qu'on commet sans même s'en rendre compte, il passe d'environ 68 à près de 74 euros. Les frais administratifs, eux, ne bougent pas et restent fixés à 10,42 euros. C'est donc bien le montant de l'infraction qui enfle. 

Le seul budget dans le vert

La hausse est inscrite dans l'accord budgétaire du gouvernement De Wever et doit rapporter quelque 50 millions d'euros par an, réinjectés dans une justice qui compose avec des prisons surpeuplées et des palais vétustes.

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Mais ce relèvement n’est qu’une suite. Il faut en effet se souvenir que depuis le 1er février, le même accord a déjà relevé les amendes pénales de 25 %, en portant les décimes additionnelles de huit à dix. Ce volet-là frappe les dossiers qui passent devant le tribunal de police, pas la perception immédiate du quotidien.

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Car il faut replacer ces montants dans un ensemble. En 2025, la Belgique a franchi pour la première fois la barre des 10 millions d'infractions routières, soit environ 27.000 par jour, un doublement en cinq ans. Au bout du compte, près de 600 millions d'euros encaissés, contre 576,8 millions en 2024. C'est sans doute la seule ligne de l'État qui ne connaît pas la crise.

Qui paie vraiment ?

Ces nouveaux tarifs vont-ils faire pression sur les automobilistes et contribuer à changer leurs comportements au volant ? La réponse est clairement non. En 2025, 78,5 % des excès de vitesse constatés portaient sur un dépassement de moins de 10 km/h, contre 70,5 % deux ans plus tôt. Le tournant remonte à 2022, quand Vincent Van Quickenborne (Anders) a supprimé la marge de tolérance. Depuis, une fois la correction technique appliquée (6 km/h en dessous de 100 km/h et 6 % de la vitesse réelle au-delà de 100 km/h) le moindre kilomètre-heure en trop se paie.

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Autrement dit, ce ne sont pas les récidivistes ni les fous du volant qui vont remplir les caisses. Ce sont les conducteurs ordinaires, les distraits d'un instant. Et ceux-là contestent rarement parce que l'infraction est minime et le PV difficile – ou onéreux – à attaquer. C’est la masse. Augmenter le tarif ne sauvera pas une vie de plus, mais ça remplira le budget.

Trente jours pour encaisser ?

Un dernier élément complète le tableau. Et il est assez révélateur. Un projet de loi déposé par Annelies Verlinden (CD&V) et le ministre de la Mobilité Jean-Luc Crucke (Les Engagés) veut porter de 14 à 30 jours le délai d'envoi du procès-verbal au contrevenant.

Sauf que ce délai de quatorze jours n'a rien d'un détail administratif. Il découle du principe « mémoriel » du droit pénal : au-delà de deux semaines, on ne peut raisonnablement plus se souvenir si l'on était bien au volant. Et la Cour de cassation l'a confirmé, passé ce délai la présomption qui désigne le titulaire de la plaque comme conducteur s'effondre, rendant l'acquittement quasi inévitable. Si la police peine à envoyer les PV dans les temps, c'est qu'elle ne suit pas la cadence des radars. Dès lors, plutôt que de renforcer les moyens humains, on rallonge le délai. On change la règle qui faisait perdre de l'argent. Comme le résumait l'avocat en droit du roulage Bruno Gysels, quand le citoyen gagne grâce au droit, l'État réécrit le droit pour qu'il ne gagne plus.

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Tout est donc en place. Des montants relevés sur deux fronts, des radars toujours plus nombreux et le temps qu'il faut pour traiter une masse d'infractions qu'on sait déjà appelée à grossir. On nous parle de sécurité. Difficile de ne pas y voir surtout de l'argent facile, prélevé sur ceux qui roulent trois kilomètres-heure trop vite un mardi matin. À suivre.

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Par David Leclercq Rédacteur automobile

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