L'essentiel de l'info :
· Les syndicats de Volkswagen redoutent jusqu'à 140.000 suppressions de postes, un chiffre qui additionne les 100.000 évoqués par la direction et 40.000 emplois menacés en cas de fermeture d'usines.
· La cause réelle tient en un chiffre : une surcapacité de 500.000 véhicules par an en Europe pour un groupe dont les coûts fixes dépassent de 30 % ceux de ses concurrents.
· L'avenir des quatre sites menacés se jouera à partir du conseil de surveillance du 4 septembre, où les actionnaires de Basse-Saxe et le syndicat IG Metall, gardent un droit de veto.
Cent quarante mille : c'est le nombre de pertes d’emplois que brandissent les syndicats de Volkswagen. Il faut pourtant manier ce chiffre avec prudence, car il additionne deux réalités très différentes. La direction, elle, a évoqué la suppression de 100.000 postes dans le monde d'ici 2030, mais les représentants du personnel y ajoutent 40.000 emplois qui tomberaient si (et seulement si) les usines allemandes menacées venaient à fermer. Or, Oliver Blume, le patron du groupe, juge une telle fermeture improbable avant la fin de la décennie.
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Un demi-million de trop
Il faut réétudier le dossier. Le fait est que Volkswagen produit chaque année en Europe environ 500.000 voitures de plus que ce que le marché absorbe. Cette surcapacité pèse sur quatre sites, Emden, Hanovre, Zwickau et Neckarsulm, dont la direction ne voit pas comment ils redeviendraient rentables dans les années 2030. À cela s'ajoute un handicap de compétitivité que Oliver Blume a chiffré : des coûts fixes supérieurs de 30 % à ceux de la concurrence.
Le tableau n'est pas celui qui est trop souvent présenté dans les médias et qui est celui d'une déroute commerciale. Sur le Vieux Continent, le groupe demeure solidement en tête au premier semestre 2026 avec plus d'un quart du marché et des volumes en légère hausse. Les ventes sont tirées par Skoda et Audi. Le mal est ailleurs. Il vient de Chine, l’ancienne vache à lait qui est devenue un champ de bataille avec la guerre des prix combinée à la structure de coûts trop lourde de Volkswagen. C'est précisément ce qui alimente la contestation du syndicat IG Metall : si les ventes tiennent en Europe, l'ampleur des pertes d'emplois, voire des fermetures, se discute.
Fabriquer autre chose
Plutôt que de condamner ces sites, Volkswagen cherche donc des alternatives. Plutôt que de fermer un site, on peut y produire autre chose. L'usine d'Osnabrück fait ainsi l'objet de discussions avancées avec l'industrie de la défense et d'autres reconversions sont évoquées, jusqu'à l'hypothèse d'une reprise par le chinois Xpeng, mais qui reste encore très incertaine à ce stade. L'idée n'a rien d'incongru. Car Renault a engagé la même réorientation vers l'armement (des drones notamment). L'histoire nous rappelle d’ailleurs qu'en temps de crise, les constructeurs se sont déjà tournés vers l'économie de guerre. Ça n'est pas neuf et dans une Europe qui se réarme, une capacité industrielle que l’on transforme vaut sans doute mieux qu'une capacité qu'on détruit.
Mais encore faut-il que les rapports de force le permettent. Dans le cadre de la cogestion allemande, la Basse-Saxe et le syndicat IG Metall disposent ensemble d'une minorité de blocage au Conseil de surveillance. Le ministre-président du Land a redit son refus de toute fermeture. Le prochain acte se jouera au Conseil du 4 septembre. Rien n'y sera sans doute tranché définitivement, mais on en saura plus sur la direction que prend vraiment la restructuration du géant allemand.
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