La voiture pilotée par logiciel est censée ouvrir la voie à la prochaine grande révolution automobile. Jusqu’ici, et depuis des décennies, les constructeurs partaient d’une plateforme mécanique, donc du hardware, à laquelle ils ajoutaient ensuite différentes couches de softwares. Désormais, l’idée est d’inverser complètement cette logique !
L’idée est de d’abord partir d’une architecture numérique, à laquelle viennent ensuite se greffer des roues, une batterie et des moteurs électriques. Une sorte d’ordinateur sur roues, capable d’arriver plus vite sur le marché, d’être mis à jour plus facilement, de rester moderne plus longtemps et, surtout, de coûter nettement moins cher ! Les SDV les plus abouties devraient ainsi être proposées autour de 20.000 euros... Pas étonnant dès lors, que le « véhicule intelligent » soit devenu une priorité pour la plupart des constructeurs, comme on l’a vu lors de la dernière édition du Salon de Pékin !
Quand l’Europe se complique la vie
Les constructeurs européens, eux aussi, misent gros sur la voiture pilotée par logiciel. Mais la mécanique semble grippée... En effet, les acteurs historiques peinent à suivre le rythme des nouveaux venus, qu’ils soient américains ou chinois ! C’est d’ailleurs l’une des raisons majeures qui pousse Volkswagen à se rapprocher de Rivian et Xpeng, ou Stellantis à s’allier à Leapmotor.
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Ce qui coince, ce n’est pas le manque d’ingénieurs, ni leur capacité à développer de bons logiciels : ils semblent surtout occupés à se mettre des bâtons dans leurs propres roues !
C’est Maria Anhalt, CEO du géant allemand Elektrobit, qui tire la sonnette d’alarme. Elle résume la situation dans Automotive News : « Nous ne perdons pas la course parce que nous [l’Europe, NDLR] ne savons pas développer de bons logiciels. Nos constructeurs automobiles transforment tout simplement cela en un ‘enfer de l’intégration’. » Ce qu’elle décrit ressemble au cauchemar de n’importe quel informaticien ! Les fournisseurs travaillent trop souvent en ordre dispersé : lorsqu’un prestataire met à jour le logiciel d’infodivertissement, celui-ci entre facilement en conflit avec, par exemple, le code du fournisseur télématique. Résultat : des mois de corrections, de rustines logicielles et de retards…
Un « code spaghetti » fort coûteux
Les constructeurs portent aussi une lourde responsabilité. À chaque nouveau modèle, à chaque nouvelle gamme, ils ont tendance à réinventer la roue. Trop peu de codes réutilisés, pas de standards communs mais une accumulation de systèmes qui se chevauchent et communiquent difficilement entre eux. Maria Anhalt parle d’un « code spaghetti » coûteux, compliqué à maintenir et encore plus difficile à faire évoluer ! C’est un peu comme si chaque département d’un constructeur utilisait son propre logiciel, sans aucune possibilité d’échanger avec les autres ! Cela coûte des milliards et devient de plus en plus difficile à justifier.
Pendant que les ingénieurs européens passent des mois à faire dialoguer des interfaces entre elles, les constructeurs chinois avancent à une tout autre vitesse ! Là-bas, les décisions liées à aux softwares se prennent en quelques semaines, pas en plusieurs mois…. Développement modulaire, travail en parallèle et circuits de validation rapides : tous ces piliers expliquent la fameuse « China speed ».
Tout n’a pas besoin d’être ultra-intelligent
L’écart se mesure aussi dans les chiffres. Le cabinet de consultance AlixPartners a interrogé plus de 1.000 hauts dirigeants du secteur automobile à travers le monde. La conclusion est assez parlante : 41 % des constructeurs chinois développent en interne leurs logiciels destinés aux SDV. Chez les marques occidentales, cette part tombe à 27 % seulement ! Près d’un constructeur chinois sur deux réutilise aussi ses logiciels au niveau de la plateforme, contre un peu plus d’un tiers chez les Européens. Même tendance dans les budgets de R&D : 36 % des acteurs chinois consacrent plus de la moitié de leur budget de recherche aux véhicules définis par logiciel. En Europe et aux États-Unis, ils ne sont que… 21 % à le faire !
Maria Anhalt ne se contente toutefois pas de pointer les faiblesses du secteur : elle esquisse aussi une solution. Selon elle, les marques européennes doivent arrêter de vouloir injecter un maximum de complexité partout ! Les freins et les roues n’ont pas besoin d’une couche high-tech sophistiquée. En revanche, le tableau de bord, l’infodivertissement et les systèmes d’aide à la conduite peuvent, eux, exploiter pleinement le potentiel d’une voiture pilotée par logiciel. Elle résume cela en deux termes : « pragmatisme et bon sens économique ».
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