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ESSAI RÉTRO Rolls-Royce Silver Cloud II : La Rolls de Brigitte Bardot !

Dans les années soixante, la Rolls-Royce Silver Cloud II était l’incarnation même de la voiture de luxe. Un luxe très british, qui en impose par sa classe et son élégance, deux particularités partagées avec une certaine « BB », qui elle aussi est tombée sous le charme de l’Anglaise…

Écrit par Alain Rousseau | 23/12/2021

Le métier de journaliste-essayeur réserve parfois de belles surprises, notamment quand l’occasion vous est donnée de vous installer au volant d’un des plus beaux fleurons de l’industrie automobile. Comment rester de marbre lorsqu’on vous tend les clés du cabriolet Rolls-Royce Silver Cloud II que Charles Aznavour a offert à son amie Brigitte Bardot en 1970 ? Sur le coup, le fait d’apprendre qu’il n’y a eu qu’une vingtaine d’exemplaires construits (en version européenne avec conduite à gauche, pour être précis) relève vraiment de l’anecdote !

Votre esprit est ailleurs : sur une plage de Saint-Tropez, avec la sublime Brigitte qui donne la réplique aux légendaires Curd Jürgens et Jean-Louis Trintignant dans « Et Dieu créa… la femme ».

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Cuir d’origine, pas la peinture

Rolls-Royce Silver Cloud II La Rolls de Brigitte Bardot

Du haut de l’impressionnante calandre chromée qu’elle domine avec grâce, Emily (l’un des surnoms de la célèbre statuette officiellement baptisée Spirit of Ecstasy) demeure, elle, impassible. Pourtant, elle a dû en voir des choses en soixante ans, depuis sa sortie des usines de Crewe, fief historique de Rolls-Royce (et de Bentley) !

Si d’importants travaux ont été effectués sur l’auto depuis son acquisition, en 2014, par son actuel propriétaire, ce dernier a veillé à ce que cette restauration n’entache en rien l’aura exceptionnelle de cette Rolls et que son authenticité soit préservée. Le cuir Connolly bleu qui recouvre ses sièges est celui d’origine. Pour pouvoir être gardé, il a subi un traitement spécifique avant d’être recousu de main de maître. La patine naturelle, véritable témoin du vécu de l’auto, a ainsi été conservée.

Omniprésentes dans l’habitacle délicieusement cosy, les boiseries alternant ronce de noyer et loupe d’orme n’ont réclamé qu’une légère couche de vernis pour retrouver leur lustre d’antan. En fait, seule l’épaisse moquette Wilton en laine bleu ciel (donc très salissante) a été changée, tout comme l’imposante capote qui, elle, avait apparemment bien souffert des affres du temps.

Rolls-Royce Silver Cloud II La Rolls de Brigitte Bardot

Petite anecdote concernant la peinture extérieure : Aznavour, le deuxième propriétaire du véhicule, avait fait repeindre son auto en blanc, alors qu’elle était bleue à sa sortie d’usine cinq ans plus tôt. Charles Jourdan, célèbre chausseur français de renommée internationale, rachètera la Rolls en 1972 à Brigitte Bardot dont il est, lui aussi, une relation proche. En homme de goût, il considère que la teinte originale était bien plus élégante. Du coup, la Rolls repart chez le carrossier pour revêtir cette magnifique robe bleu nuit qu’elle n’a plus quittée depuis.

Ni vibration, ni bruit mécanique…

Refermons l’album de famille pour nous concentrer sur les qualités intrinsèques de cette Silver Cloud II, dont certains spécialistes s’accordent à dire qu’il s’agit ni plus ni moins de la « meilleure Rolls-Royce jamais construite ». Florent Moulin, directeur d’Art&Revs à Luxembourg, est de ceux-là : « A sa sortie en 1955, la Silver Cloud I est une voiture extraordinaire mais qui pêche par son six cylindres d’avant-guerre qui, lui, manque de puissance. En 1959, Rolls-Royce développe un nouveau moteur pour en équiper la Silver Cloud II :  il s’inspire du meilleur V8 américain de l’époque, le Buick.

Rolls-Royce Silver Cloud II La Rolls de Brigitte Bardot

Les ingénieurs anglais construisent un bloc moteur tout en aluminium, ce qui est remarquable pour l’époque. D’une cylindrée de 6.230cc, il développe à peu près 200 chevaux et offre un confort et un silence de fonctionnement absolument incroyables. Une publicité de l’époque montrait un verre d’eau posé sur le tableau de bord ou sur le capot de la voiture. Même au démarrage, l’eau ne bougeait pas, ce moteur n’émettant ni vibration ni bruit mécanique, si ce n’est un léger souffle… »

Aujourd’hui encore, l’effet est saisissant. Il suffit de tourner la clé de contact d’un quart de tour pour que le majestueux V8 s’éveille dans un silence… de cathédrale. My god, quel moteur !

Situé à droite de la colonne de direction, le sélecteur de la boîte de vitesses automatique permet de déterminer le nombre de rapports auxquels on compte faire appel : de un à quatre, sans oublier la marche arrière et la position neutre. Si l’on se place en position « 3 », la boîte n’utilisera que trois rapports, et ainsi de suite.

Merci Emily !

Malgré ses dimensions impressionnantes – près de 5,4 mètres de long pour une largeur de 1,9m et un peu plus de deux tonnes sur la balance – cette Silver Cloud II Cabriolet est plus facile à conduire qu’il n’y paraît. Au bout de l’interminable capot, la bienveillante « Emily » vous aide à délimiter la partie avant de l’auto à laquelle il ne faudra toutefois pas oublier d’ajouter une marge d’une bonne dizaine de centimètres correspondant à la largeur des imposants pare-chocs chromés.

Rolls-Royce Silver Cloud II La Rolls de Brigitte Bardot

Sur les côtés, ce rôle de « jauge » incombe aux ailes dont on ne se lasse d’admirer la perfection des galbes. Bravo en tout cas aux artisans du célèbre carrossier londonien HJ Mulliner, auquel Rolls-Royce avait confié la métamorphose de « notre » Rolls en cabriolet. Quelle maestria, sachant que tout a été façonné à la main !

Sur un nuage d’argent

En l’espace de quelques kilomètres seulement, la Silver Cloud II, à la manière d’un majordome aguerri, vous donne l’impression qu’elle vous accompagnera jusqu’au bout du monde en veillant sur vous à chaque instant. Aussi massive soit-elle et malgré son âge plus que respectable, notre forteresse anglaise ne rechignera pas à croiser le fer avec d’autres prétendantes bien plus jeunes qui auraient la mauvaise idée de venir la défier… A titre indicatif seulement, sachez que l’aiguille du magnifique compteur de vitesse Smiths peut très facilement rester pointée sur le chiffre 180 !

Rolls-Royce Silver Cloud II La Rolls de Brigitte Bardot

Bien plus que cette aptitude à atteindre des vitesses élevées, c’est la manière d’y arriver qui fait de cette Rolls un véhicule vraiment exceptionnel. Comme promis par le constructeur, la puissance, synonyme de capacité d’accélération, se révèle « suffisante » en toutes circonstances. Mais c’est bien le confort de cette auto qui laissera aux passagers un souvenir impérissable. Une voiture de luxe dotée d’une suspension adaptative dernier cri ne sait pas mieux faire. Les aspérités de la route sont gommées comme par enchantement par des solutions techniques (leviers triangulés combinés à des ressorts hélicoïdaux et essieu rigide à l’arrière) imaginées il y a plus d’un demi-siècle… et l’on a vraiment l’impression d’être sur un nuage !

Certaines choses ont bien moins vieilli même si, à l’époque, elles faisaient référence. C’est notamment le cas du système de freinage confié à quatre tambours. De conception très complexe, il offre certes une assistance mais celle-ci dépend de la vitesse du véhicule. Plus on roule doucement, moins l’aide au ralentissement est efficace et il faut donc augmenter la pression sur la pédale au fur et à mesure.

« Je l’ai tant aimée ! »

En 2015, la Rolls Silver Cloud II participe au concours d’élégance de Chantilly et sera primée dans la catégorie réservée aux « voitures des stars ». Mise au courant de cette bonne nouvelle, BB enverra un mot au nouveau propriétaire pour le remercier de s’être si bien occupé de celle qu’elle a « tant aimée ».

Un grand merci à Art & Revs pour la mise à disposition de cette Rolls Royce Silver Cloud II ainsi qu’au Domaine Thermal de Mondorf qui nous a accueillis pour notre séance photos.

Photos : Claude Piscitelli

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