Essais auto

ESSAI Maserati Ghibli Trofeo : Neptune se réveille

Écrit par Laurent Zilli | 26/02/2021

Dans notre essai avec la Ghibli Hybrid, nous vous disions comment Maserati allait se redéployer en posant le pied sur l’inévitable terrain de l’électrification. Dans cette partie, on verra plutôt l’autre côté du spectre, celui où Maserati fait vraiment du Maserati.

C’est un fait, on n’a pas le choix : pour exister aujourd’hui et demain en tant que constructeur, il faut de l’hybride, il faut de l’électrique, et il y en aura chez Maserati. Mais le constructeur semble aussi avoir compris que son redéploiement devait également passer par le panache, comme l’imminente le prouve. Or avec le recul, on dirait que ce panache ne figurait pas dans la stratégie commerciale de la Ghibli. Elle se contentait donc de lutter avec ses concurrentes, BMW Série 5 en tête, là où ces dernières sont justement les plus fortes : sur le marché des gros V6 et des gros diesels.  Un peu court, pour une marque ayant une telle aura. Une Maserati, ça claque, c’est méchant, ça doit au minimum se battre avec une M5, pas avec une 530d. On est d’accord ? Cette version Trofeo de la Ghibli nous dit que chez Maserati, on est – enfin – d’accord !

V8

Changement de stratégie, donc : la gamme Ghibli se développe aussi vers le haut avec, pour la première fois sous son capot, un V8, plus précisément un 3.8 biturbo, qui envoie – via une boîte auto 8 – 580 chevaux et 730 Nm. Ce moteur aurait un lien de parenté avec un bloc Ferrari et avec le V6 de l’ que ça ne nous étonnerait pas…

Ghibli Trofeo

Je vous vois venir : « Ouais, bon, chez BMW, Audi et Mercedes, il y a au-moins 600 chevaux ». Nous répondrons que vous nous lisez assez souvent pour savoir que les chiffres, ça ne dit pas tout… Vous savez bien que la puissance d’un moteur est une chose, mais la façon dont ce moteur la délivre en est une autre. Là encore, on ne parle pas de performances pures, de chronos, mais de… joie, d’expressivité. Et puis autre chose : toute cette puissance, elle va où ? Dans les Allemandes, elle va invariablement aux quatre roues. Dans l’Italienne, elle ne passe que par l’arrière. Là, je vois sourire les plus passionnés de nos lecteurs…

Ghibli Trofeo emblem

La Scala

Et ils ont bien raison de sourire. Moi-même, pendant ces deux trop courtes journées d’essai, j’ai souri. Pourtant il faisait froid, moche, pluvieux, les routes étaient glissantes. Pas le top pour essayer une propulsion de 580 chevaux. Quoique… Hasard des calendriers, dans des conditions similaires, j’avais quelques semaines plus tôt essayé, je vous le donne en mille, la Mercedes-AMG E 63 S 4Matic+, récemment mise à jour. Une sorte de comparatif à distance. Dans la profession, on a tous nos préférences et je ne m’en cache pas, je suis personnellement fan des Mercedes AMG, du côté brute épaisse des moteurs, de leur sonorité de dinosaure enroué… J’adore, et j’ai donc forcément adoré la nouvelle E 63. Mais, à côté de la Ghibli Trofeo… Comment dire ? Elle parait aussi lourde qu’un dinosaure, et surtout complexe. Pousser un bouton ici, tourner une molette là, des modes de conduite à la pelle… Hé, ho, pffff ! Dans la Maserati, même avec quatre mode (dont un Corsa), et éventuellement la possibilité de désactiver l’ESP tout semble plus simple, plus pur. Et pour ce qui est des sensations de conduite, c’est exactement la même chose. C’est tellement plus pur, plus simple, plus direct ! Au bout des doigts, une direction légère et précise, et des palettes pour la boîte pas loin d’être parfaite. Sous les pieds, des freins efficaces et facile à doser, et un accélérateur contrôlant un moteur à l’italienne, comprenez qu’il ne donne pas tout immédiatement, mais qu’il récompense l’attente à mesure que l’aiguille attaque le compte-tour. Une vraie ivresse.

Ghibli Trofeo side

Et puis je vous parlais des routes glissantes. Ca, c’était vraiment l’occasion de mesurer à quel point la Maserati a un caractère bien à elle. Forcément, quand on donne du mou à la béquille électronique, elle est plus prompte à danser des fesses qu’une allemande à quatre roues motrices. Mais elle communique si bien et présente un tel équilibre que même votre serviteur, qui n’a pas l’expertise du boss en matière de patinage artistique, ne se sentait jamais dépassé.

Ghibli Trofeo rear

Comprenons-nous bien : je ne crache pas dans la soupe, j’aime toujours une Classe E AMG ou autre monstre du genre. Mais après un essai de la Ghibli Trofeo, les allemandes donnent l’impression d’être prisonnières des concours de qui c’est qui a la plus grosse. La plus grosse liste technologique, la plus grosse puissance, la plus grosse carrosserie… Moins puissante mais plus gracile et plus simple, procurant un sentiment de légèreté que les autres n’ont pas, la Maserati est comme une ballerine en représentation à la Scala de Milan : c’est une artiste parmi les bodybuilders. C’est un objet d’esthète passionné, prêt à sacrifier une finition exemplaire et des dizaines de possibilités de réglages pour… autre chose.

Conclusion

Si la version hybride est ce qu’il manquait à la gamme Ghibli d’un point de vue « légal », la Trofeo est ce qu’il lui manquait d’un point de vue passionnel !

Ghibli Trofeo interior

Maserati Ghibli Trofeo : fiche technique

Moteur : V8, essence, biturbo, 3.799cc ; 580ch à 6.750 tr/min ; 730Nm de 2.250 à 5.250 tr/min.

Transmission : aux roues arrière.

Boîte : auto double-embrayage 8 rapports.

L/l/h (mm) : 4.971/1.945/1.461

Poids à vide (kg) : 1.969

Volume du coffre (l) : 500

Réservoir (l) : 80

0 à 100 km/h (sec.) : 4,3

Prix : 75.050 € TVAC

Puissance : 580 ch

V-max : 326 km/h

Conso. mixte : 12,3 l/100km

CO2 : NC

Note de la rédaction

Points forts

  • Moteur terriblement généreux
  • Sensations au volant moins filtrées qu'ailleurs
  • Comportement fun et équilibré
  • Niveau technologique enfin à la hauteur

Points faibles

  • Qualité perçue inférieure aux allemandes
  • Habitabilité arrière
  • Plus gourmande qu'une allemande

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