ESSAI Nissan Juke : Mieux vaut tard…

Il a inventé le crossover urbain, a contribué à l’énorme succès qu’a rencontré Nissan pendant de longues années, et s’est écoulé à un million d’exemplaires rien qu’en Europe. Mais après 9 longues années de carrière, il était temps que ça bouge !

ESSAI Nissan Juke : Mieux vaut tard…

Oui, 9 ans, selon les standards actuels, c’est long. C’est si long qu’on pourrait oublier que c’est en effet le Juke qui a créé la niche du crossover de ville. Alors oui, on peut certes critiquer le genre mais force est de constater qu’il rencontre encore et toujours un grand succès !

Ces 9 années sont aussi particulièrement longues pour un design très avant-gardiste, voire provocateur. Car rien ne vieillit plus que ce qui est très mode à une certaine époque. Ce qui vieillit très vite aussi, c’est la technologie. En près d’une décennie, il en passe sous les ponts, de l’eau numérique ! Et le Juke, si “gadget” à sa naissance, avec par exemple ce combiné qui affichait les commandes de clim quand on poussait ici, ou les réglages de modes de conduite quand on poussait là, avait accumulé un retard certain en matière de multimédia et d’aides à la conduite. Tout cela pour répéter que 9 années, c’était peut-être une ou deux de trop. Autant le Juke a été un énorme succès pour Nissan, autant sa succession tardive explique peut-être en partie pourquoi le constructeur traverse aujourd’hui une passe un peu moins joyeuse.

Respect des codes

Mais ça y est, le voici enfin, ce nouveau Juke. Et la première chose à dire est que sur le plan du look, le renouvellement est flagrant. Les designers ont réussi à créer quelque chose de parfaitement actuel, tout en respectant les codes et l’originalité de la première génération. Le nez haut, le visage pas consensuel, la ligne de toit plongeante, les épaules marquées… Tout y est mais c’est comme si neuf années d’érosion avaient lissé le dessin du Juke, avaient poli ses formes pour les débarrasser des aspérités et des détails jadis tendance, aujourd’hui démodés. C’est du bon boulot. A ceux qui, comme nous, peuvent rester dubitatifs devant les images, il faut dire que lorsqu’on voit le Juke en vrai, en mouvement, avec ses feux de jours allumés, ça le fait plutôt bien.

Gros coup de jeune

A l’intérieur aussi, on retrouve cette modernité dans le respect des codes. Tout est parfaitement actuel par le style et par la qualité dans la moyenne, et on retrouve un détail qui évoque la première génération : le tunnel central façon réservoir de moto sportive.

Gros coup de jeune aussi côté technologies, qu’on parle d’aides à la conduite ou d’info-divertissement. Point de vue sécurité, le Nissan dispose de tous les classiques actuels (freinage d’urgence, reconnaissance des piétons et des cyclistes, lecture des panneaux routiers, aide active au maintien de voie) mais est l’un des rares du segment à proposer la conduite semi-autonome sur autoroute, et est le seul à disposer d’une surveillance d’angle mort avec correction de cap active. Les touristes distraits apprécieront ! Côté multimédia enfin, le système livré en série à partir de la finition Connecta dispose d’une connexion 4G gratuite illimitée, et est compatible Google Assistant. Là, oui, c’est de la gadgetologie façon 2020, à même de combler ceux qui, lorsqu’ils achetèrent leur premier Juke, avaient encore en poche un iPhone 4.

Le nouveau Juke se veut aussi plus familial du fait d’une certaine “inflation” de ses dimensions. Il est plus grand de partout (+7,5 cm en longueur) et s’éloigne donc de la catégorie citadine pour s’approcher de la catégorie compacte. Mais du coup, son habitabilité est vraiment plus généreuse, notamment aux places arrière, qui peuvent maintenant accueillir de vrais adultes, et dans le coffre, dont le volume progresse de 20% pour atteindre 422 litres.

Faux mystère

Dans un premier temps, le Juke n’a qu’un seul moteur : le 3 cylindres 1.0 turbo essence 117ch, associé à une boite manuelle 6 ou à une double-embrayage 7 rapports. Et quand nous avons demandé quand arriverait la version hybride, les gens de Nissan nous ont fait une magnifique démonstration de langue de bois : “Aaaah, on sait pas, faudra voir, c’est le client qui décide, bla bla bla…” Les gars, on sait que le Juke partage sa plateforme avec les Renault Clio et Captur, dont les versions hybrides sont déjà annoncées. Alors s’il vous plaît… Bref, la question n’est pas “Y aura-t-il un Juke hybride ?” mais “Quand y aura-t-il un Juke hybride ?” Question sans réponse donc, mais nous parions sur 2020, début 2021 au plus tard.

Question de réglages

Sur la route, le nouveau Nissan Juke a ses bons côtés, et ses côtés un peu moins convaincants. Dans la colonne “Yes”, nous mettrons d’abord la qualité des nouveaux sièges, dont le look est déjà très plaisant, mais qui offrent surtout un très bon maintien et permettent de se trouver une position de conduite très satisfaisante. Inscrivons ensuite l’insonorisation en général, mécanique en particulier. Distillant à juste dose une sonorité agréable lorsqu’il est dans l’effort, le moteur est pratiquement inaudible à vitesse stabilisée. Dernier très bon côté du Juke : son comportement routier. Train avant accrocheur, bel équilibre général, roulis très bien maitrisé : le Juke n’est pas loin de gagner le qualificatif “dynamique”, un train arrière trop vissé au sol le faisant passer juste à côté de la montre en or.

Côté colonne “Bof”, nous plaçons en première place le moteur, certes vaillant dans ses reprises à bas régime mais qui s’essouffle assez vite en accélération. 117 chevaux à 5.250 tours, 200 Nm de 1.750 à 2.750… mais entre les deux, pas grand-chose. Deuxième ligne : la boîte double-embrayage, pas très réactive, pas très convaincante, dans aucun de ses modes de fonctionnent. Troisième ligne : la direction, clairement améliorée par rapport à celle du premier Juke mais toujours pas vraiment communicative. Quatrième ligne ou conséquence des trois précédentes : il manque finalement au Juke la capacité à réellement transmettre des sensations. Pourtant, Nissan sait faire ça, et nous l’a prouvé avec l’excellente Micra, qui n’a pas le succès qu’elle mérite… Question de réglages ? De clientèle cible ? A moins que… le concept de SUV/Crossover soit antinomique avec la notion de sensations sportives, comme il l’est avec celui de voiture écologique ? Noooooon, ça se peut pas…

Conclusion

Si on n’espère pas une conduite aussi dynamique que le look, le Juke ne décevra pas. Au contraire : il est aussi bourré de technologies que ceux à qui il s’adresse en veulent !

Le Juke DIG-T en quelques chiffres

Moteur : 3 cyl. essence, turbo, 999cc ; 117ch à 5.250 tr/min ; 200Nm de 1.750 à 2.750 tr/min.

Transmission : aux roues avant.

Boîte : manuelle 6 rapports.

L/l/h (mm) : 4.210/1.800/1.595

Poids à vide (kg) : 1.257

Volume du coffre (l) : 422 – 1.305

Réservoir (l) : 46

0 à 100 km/h (sec.) : 10,4

Prix : 20.990€ TVAC

Puissance : 117 ch

V-max : 180 km/h

Conso. mixte : 5,9 l/100km

CO2 : 135 g/km